Archive for the ‘Chine’ Category

Mathematiques

Monday, October 23rd, 2006

Sapporo, Japon. Lorsque j’avais 15 ans, j’avais la chance de suivre les cours d’un genial professeur de mathematiques. Il nous presentait des demonstrations brillantes de theoremes varies, et finissait immanquablement par se rejouir de la beaute du theoreme et de la puissance insoupconnee des mathematiques. Il avait de quoi: il maitrisait la branche a la perfection, etait un excellent enseignant, et etait passionne par son sujet. Mes collegues et moi etions souvent interloques, mais il est vrai que c’est l’age ou on capte encore mal l’interet du calcul differentiel ou des regles regissant le cercle trigonometrique. Devant nos hesitations, mon professeur concluait donc aussi immanquablement qu’il se rejouissait de la beaute des mathematiques que “cela n’est pas grave, on ne peut pas tout comprendre dans la vie”.

Ces jours, et les quelques semaines qui viennent de finir, j’ai eu la joie de repenser souvent a la sagesse distillee par mon professeur. Il y a plein de petits moments comme ca, qu’on ne comprend pas. J’ai du murir depuis l’age de 15 ans, car je cherche de moins en moins a comprendre. Ainsi, il devient tout a fait normal d’accepter tous ces petits mysteres sans grosse difficulte. Comme par exemple, le fait que “ces sieges sont reserves” (alors que le restaurant n’est pas plein, mais que les clients arrivent et partent regulierement, donc que les sieges “reserves” changent toutes les 10 minutes); ou les controles a la frontiere chinoise; ou le refus du chauffeur de pousse-pousse de tourner a gauche quand on le lui demande 5 fois d’affilee (j’ai verifie, il n’y avait ni interdiction, ni policier, ni rien, ni personne); ou encore le fait qu’on ne peut revendre sa carte de metro de Shanghai qu’a la station qui *precede* celle du depart du train a levitation magnetique pour l’aeroport.

Ca fait partie du jeu, en quelque sorte, c’est normal dans ce genre de moments. Ca permet aussi de realiser a quel point nos schemas de raisonnement sont impuissants a faire flechir la volonte non-cartesienne de certains locaux. Mais ca non plus, on ne peut pas le comprendre, c’est juste la vie.

Par contre, il est un mystere que je vais continuer a essayer de comprendre. Comment ca se fait qu’apres avoir mis a la poste un paquet de 7 kilos a Shanghai, qu’apres avoir consciencieusement jete tout ce qui n’etait pas absolument necessaire, qu’apres avoir proprement cannibalise tous les chapitres du guide qui ne nous serviraient a rien, etc, mon sac pese encore 4 kilos de plus qu’au depart?

Bien a vous,

Matthieu

La louze

Wednesday, October 18th, 2006

Shanghai, Chine. Vous connaissez ce sentiment qu’on a parfois, qu’il aurait mieux valu ne pas se lever un matin donne? Genre il n’est pas encore dix heures du matin, votre chef est fache, il y avait une amende sur votre pare-brise, votre canari etait de mauvaise humeur et vous n’y etes pour rien, et la machine a cafe est en panne. Bref, il y a des jours comme ca, ou c’est juste “la louze”. Je l’ecris comme ca pour insister sur le fait que ces jours-la sont des jours ou vraiment tout va de travers.

Bon, la semaine passee, Ingrid et moi avions decide d’aller faire une excursion d’une journee a Suzhou, dans la region de Shanghai. La publicite dit “Au ciel, il y a le paradis; sur terre, il y a Suzhou et Hangzhou”. Nous avions decide de garder Hangzhou pour cette semaine. Donc, un matin, nous voila tout guillerets partis pour Suzhou, une heure de train, bref, l’excursion qui s’annonce bien.

A la gare, ou nous etions bien sur arrives assez tot pour avoir le temps de profiter de Suzhou, premiere deception, le prochain train qui a des sieges libres part a 11h30. Bon, dommage, ce d’autant que ca veut dire que nous allons devoir attendre plus de deux heures a la gare, et surtout, que nous allons perdre deux heures de jour a Suzhou. M’enfin… Inutile de dire qu’apres deux mois dans le pays, on aurait pu imaginer qu’Ingrid et moi avions fini par enregistrer que oui, il y a plein de monde en Chine, que oui, si meme 0.01% de ce plein de monde veut prendre le train, ca fait encore beaucoup de gens et que bon, ben c’est pour ca que tout le monde reserve ses billets la veille, comme nous l’avions si bien fait de par le passe. Aucune excuse donc, et ca rend le tout encore moins agreable.

Arrives a Suzhou, nous avons decide de prendre les billets de retour immediatement, histoire de ne pas etre coinces ici pour la nuit. Pourquoi n’avons-nous pas fait cela pour meubler les deux heures d’attente a Shanghai, mystere, nous nous posons encore la question. Dans tous les cas, nous avons pris des billets pour le dernier train, celui de 22h30, histoire d’avoir au moins le temps de manger calmement le soir a Suzhou avant de revenir a Shanghai.

Donc a 13h, nous etions a pied d’oeuvre, et en sachant que la nuit tombe vers 17h30, il ne nous restait que peu d’heures de jour. Nous sommes donc directement alles a la premiere attraction (un pan des murs historiques de la ville, conserves avec une des portes originales). Tres beau, et tres agreable a visiter. Le billet comprenait meme un tour sur les canaux en bateau a rames, Ingrid etait un peu inquiete de savoir si le tour allait durer tres longtemps, heureusement elle a vite ete rassuree quand la dame nous a ramenes a l’embarcadere a la fin du tour, apres 6 minutes environ.

Ensuite, nous avons decide de faire un tour en pousse-pousse pour visiter la ville. Une sorte de tour ou on dit au chauffeur de nous balader une heure a travers la ville, sans but precis, mais juste en passant par les coins les plus jolis. Une bonne ame bien intentionnee m’avait assure, a Yangshuo, que “se balader sans but precis en passant par les coins les plus jolis” se dit en chinois “kan yi kan”. J’ai donc essaye (en rajoutant la mention “une heure”), et le chauffeur a eu l’air interloque. Il ne parlait probablement pas chinois. J’ai re-essaye avec un autre chauffeur, et il a eu un grand sourire, je me suis dit qu’il avait compris (Ingrid a d’ailleurs precise que si nous lui demandions cela, c’est parce que nous ne connaissions pas Suzhou, vu que nous avions notre hotel a Shanghai). Bon, il a repete “koo yi koo, une heure”, au lieu de “kan yi kan, une heure”, mais j’ai pense qu’il s’agissait la seulement de la prononciation dans son dialecte.

J’aurais du me mefier. Surtout de son sourire entendu. Donc nous sommes partis, Ingrid et moi tout contents de decouvrir Suzhou. Et le chauffeur, apres quelques instants, nous a arretes dans une ruelle, devant un hotel qui n’est pas dans le guide, a pointe du doigt vers l’hotel et a souri, l’air tout emoustille en disant: “une heure, hehehe, une heure, hotel, koo yi koo”. Ca devait pas etre son dialecte…

Pour finir, apres avoir change de chauffeur, visite un jardin ou nous ne pensions pas aller, fait un tour le long des canaux (finalement!), la nuit est tombee. Comme il nous restait bien quelques heures, nous avons pense que le moment etait venu de nous offrir un bon repas. Apres deux heures de recherche infructueuse, nous avons prefere nous rabattre sur un fast food, en remettant le repas a un jour meilleur, un jour ou ca ne serait pas “la louze”…

Bien a vous,

Matthieu

Nous bouquinons dans une bibliotheque jesuite

Sunday, October 15th, 2006

Shanghai, Chine - Les livres deviennent des objets precieux quand on se balade pendant plusieurs mois avec pour seul bagage un gros sac sur le dos. Impossible d’emmener toute une bibliotheque avec soi. Il faut choisir avec soin puis esperer pouvoir en chemin echanger les ouvrages emportes.

Pendant ces derniers mois, les periodes de bonheur litteraire ont alterne avec des periodes de penurie. Heureusement que nos parents nous avaient ammene en Ouzbekistan quelques tres bons livres qui nous ont accompagnes jusqu’a Kashgar en passant par les paturages d’altitude et bords de lacs centro-asiatiques. Heureusement aussi que si on ne peut echanger un livre contre un autre livre, on peut parfois l’echanger contre un bon repas - a Lijiang, c’est un succulent plat de spaghettis que nous avons recu contre un roman mediocre trouve quelques jours plutot sur l’etalage de livres a echanger de notre hotel. Heureusement enfin qu’on a pu refaire notre stock a Hong Kong et qu’on a maintenant dans nos sacs 6 nouveaux ouvrages dont 5 de Kazuo Ishiguro, Matthieu s’etant decouvert un interet passionne pour cet auteur suite a le lecture de l’un de ses livres. Je vous laisse imaginer le poids de nos sacs…

Bref, quand on a appris qu’il y avait a Shanghai une grande bibilotheque pleine de vieux livres, on n’a pas hesite. Il fallait qu’on goute a ce luxe, qu’on oublie parfois chez nous, d’etre entoure de livres. Hier, nous nous sommes donc rendus a la Bibliotheque Zi-Ka-Wei etablie en 1847 au sud de Shanghai par la mission jesuite. 560′000 ouvrages, en grec, latin, anglais, francais et d’autres langues encore, y sont preserves.

Notre guide nous fait entrer dans une des salles. Elle nous explique qu’il s’y trouve environ 80′000 livres en plusieurs langues. Puis elle s’arrete. Nous attendons la suite, mais rien. La guide nous propose de ressortir. Voila, c’etait le tour guide de la Bibliotheque Zi-ka-Wei de Shanghai (duree: 3 minutes). Frustres, nous obtenons de musarder encore un moment. Ouvrages de theologie, de droit canonique, mais aussi ouvrages sur la Chine ou le Japon. Comme par exemple celui-ci, edite en 1927, intitule ‘Moeurs curieuses des chinois’ par un certain Arthur Smith ou on trouve notamment des descriptions souvent fortement teintees de condescendance sur ‘l’Esprit d’economie’ et la politesse des Chinois. Ou cet autre sur le Japon datant de 1877, decrivant parmi d’autres chapitres, la vie domestique, l’education ou encore l’hiver au pays du soleil levant. Des ouvrages dont l’interet principal est d’etre le reflet d’une epoque ou il fallait naviguer pendant plusieurs jours pour atteindre le Japon. Nous nous plongeons dans leur lecture pour une bonne heure, fascines de simplement imaginer ce que devait etre,  il y a plus de cent ans, un voyage dans les contrees que nous traversons.

Amities.

Ingrid

Vie urbaine

Sunday, October 15th, 2006

Shanghai, Chine. Deux semaines que nous sommes en ville. Apres les differents villages du Yunnan, nous avons plonge dans l’univers urbain a Guangzhou (Canton), Macau, Hong Kong, et maintenant Shanghai. Apres les differents alpages/lacs de montagne/deserts d’altitude d’Asie centrale et du Tibet, nous sommes entoures de voitures, metros, magasins. Apres l’herbe verte des steppes, et la poussiere des hautes montagnes arides, nous arpentons le beton.

Au debut, ca fait presque tourner la tete: il y a du bruit, du trafic, des lumieres, ca attire notre attention de tous les cotes, ca ne s’arrete (presque) jamais. Ca change des bruits de paturage (un yack qui grogne ou un cheval qui broute, par exemple) au volume limite; ca change du trafic modere des villages de yourtes (il y a peu de collisions entre un ane et un mouton); ca change de l’obscurite totale qui descend sur les montagnes lorsque le soleil se couche.

Ca a ses bons cotes: on trouve des cinemas en anglais, des magasins super-tendance, des restaurants qui servent des plats varies en provenance des quatre coins du monde, bref, ca nous est plus familier, comme monde.

Ca a aussi ses moins bons cotes: moins de life-seeing a faire, moins de moments qui nous ramenent 20/50/150 ans en arriere, moins de paysages. Et, comme corollaire, moins de petits clins d’oeil a raconter, peut-etre meme moins d’inspiration a ecrire sur le quotidien, puisque justement il nous est plus familier. Et quand en plus le passage de la frontiere se fait sans encombres, alors il ne reste vraiment presque plus rien a dire.

Alors on se laisse vivre au rythme de la ville. A Guangzhou, nous nous sommes promenes dans les ruelles, sans reussir a trouver un charme autre que celui des quartiers pas encore “modernises” a coup de gratte-ciels. Si la ville semble suivre son cours, elle semble aussi ne faire que peu de cas de son apparence. Seule la taille compte, apparemment. D’autant plus dommage qu’a des milliers de kilometres (du moins dans l’esprit), Shanghai a fait d’une geographie similaire une merveille esthetique. Mais a Guangzhou, on ne trouve rien de cet esprit ou de cette vision. On trouve par contre des dim sum extraordinaires, il fallait s’y attendre, c’est un peu comme si on mange une pizza en Italie ou une fondue dans le canton de Fribourg - c’est toujours meilleur quand on goute l’original.

A peine plus au Sud, Macau allie l’Asie avec la plus typique architecture europeenne/mediterranneenne. La trace des colons portugais est plus que visible et c’est tres reussi. La ville est de taille gerable, et regorge de recoins charmants, petites eglises du 18e siecle, ruelles, maisons patriciennes, le tout en deux langues (chinois et portugais), ce qui ne manque pas de donner a l’ensemble de la ville une allure familiere.

En face, de l’autre cote du delta de la riviere des Perles, Hong Kong, la britannique, le poste avance de l’Europe aux pieds du dragon chinois. La aussi, le melange est subtil et surprenant. Tout est aussi en deux langues, et aussi en deux charmes. Le chapeau melon et la veste de soie, si j’ose dire.

Et sur la cote est, Shanghai, qui explose, qui vit, et qui grandit. Partout, ca construit, ca consomme, ca brille, ca avance. Pas etonnant vu la situation geographique. Et le resultat se voit, avec les divers batiments des multinationales tout autour du Bund.

Je vais me replonger encore un peu dans la vie urbaine…

Bien a vous,

Matthieu

La grande vie… quelques instants

Tuesday, October 3rd, 2006

Hong Kong, Chine - Le 1er octobre, toute la Chine celebre la creation de la Republique Populaire de Chine. C’est la fete nationale du pays. Le matin meme, nous avions appris qu’il y aurait des feux d’artifices au-dessus du Port Victoria. Nous nous etions promis d’y jeter un coup d’oeil.

Presque une heure avant le debut des feux, nous avons tente de rejoindre l’esplanade qu’on nous avait recommandee pour en profiter pleinement. On s’est senti un peu suisses de nous y prendre bien a l’avance. Et pourtant, dans la rue il y avait deja foule. Impossible d’atteindre ladite esplanade. Commence alors pour nous une deambulation a pas de fourmis pour tenter de trouver un autre endroit. Plusieurs fois nous sommes refoules par les securitas qui affirment que l’endroit est deja bonde et qu’il est impossible d’y acceder.

Nous brainstormons. Il faudrait un endroit si possible sureleve avec une magnifique vue sur le port… voyons… il y aurait bien sur l’hotel Peninsula. Oui bien sur, mais… c’est quand meme l’un des hotels les plus chic de la ville et vu… Mais ce serait quand meme bien l’hotel Peninsula!

Nous entrons dans l’hotel, surs de nous, avec nos habits de routards, dans un decor somptueux. Sans hesiter nous demandons le chemin pour le bar a cocktail au 29e etage, “celui dessine par Philip Stark” (dont je viens de decouvrir l’existence), assurons-nous au portier. Il nous laisse entrer. Nous sommes accueillis par deux hotesses qui nous mentionnent un prix exorbitant (deux fois celui de notre chambre…) pour l’extreme faveur de visionner les feux depuis ledit bar. Nous acquiescons, grises.

Arrives au 29e etage, nous rejoignons la creme de la creme, ou plutot ceux qui pensent etre la creme de la creme. Mais il faut avouer, le spectacle est magnifique. Les elegants gratte-ciels de l’ile de Hong Kong se dessinent devant nous. Quelques minutes plus tard, les feux commencent. Les lumieres baissent dans le bar. Les feux sont synchronises avec une musique retransmise par les ondes. Quelque 20 minutes d’un spectacle grandiose auquel participent les gratte-ciels par le jeu des reflets.

Nous voulions jeter un coup d’oeil aux feux. Voila qui fut fait. Un moment tres special, presque aussi chouette que de se reveiller parmi les yacks sur l’alpage de Jalang au Tadjikistan!

Amities.

Ingrid

Kafka 2

Tuesday, October 3rd, 2006

Hong Kong, Chine. Ceci est le deuxieme acte, ajoute tardivement, d’une piece qui etait sortie en aout 2006. A l’epoque, elle avait particulierement ennuye les spectateurs a cause de sa longueur, que certains protagonistes avaient jugee trop importante. L’auteur avait neanmoins persiste, au nom du realisme. Nous retrouvons dans cet acte les personnages du premier acte, a savoir le touriste (LT) et l’officier des douanes (OD). L’epouse du touriste (ET) est cette fois aussi sur la scene. La scene se passe a nouveau a une frontiere chinoise, mais, fait marquant, c’est pour sortir du pays, et se rendre a Macau. Dans la queue menant au poste frontiere, LT et ET sont entoures de dizaines de personnes. A deux metres de la cabine ou un employe tamponne tous les passeports, l’OD surveille. Lorsque LT et ET arrivent a portee de sa vue, il leur fait signe de sortir de la queue et de lui remettre leurs passeports.

OD: Veuillez me suivre s’il vous plait.

LT (pour lui-meme): voila que c’est reparti pour un tour. Il n’a meme pas encore regarde mon passeport. Puis a haute voix: que se passe-t-il?

OD (ne repondant pas a la question): asseyez-vous ici, et attendez. Nous devons verifier vos passeports.

LT (pour lui-meme): si ca recommence comme la derniere fois, je boycotte ce pays.

L’OD s’eloigne avec le passeport du Touriste, ainsi que celui de son Epouse, elle aussi assise. Il telephone et gesticule en brandissant les passeports. Il revient vers LT et ET.

OD: nous ne pouvons pas vous laisser passer sans proceder encore a quelques verifications. Veuillez rester assis pour le moment.

L’OD s’eloigne avec un sourire narquois. Il va vers son subordonne, qui tamponne frenetiquement passeport apres passeport. Il l’interrompt et lui montre le visa du Touriste et de son Epouse. Il feuillette aussi les passeports en sa presence, fait plusieurs commentaires, prend l’air important et repasse vers LT et ET. Il leur fait signe de rester assis et de ne pas poser de questions.

ET (a son mari): je ne comprends pas, nos passeports sont en regle, nos visas aussi, nous sommes entres legalement en Chine, y sommes restes le temps qui nous etait imparti, et en ressortons legalement, vers un pays pour lequel nous n’avons pas besoin de visa.

LT (a son epouse): Je ne comprends pas non plus, mais a Kashgar, toutes ces remarques etaient aussi vraies qu’aujourd’hui. Esperons que cette fois-ci ils ne nous gardent pas trois heures et demie…

L’OD revient.

OD: de quelle nationalite etes-vous?

LT: suisse. Puis pour lui-meme: c’est note sur nos passeports.

OD: ou est votre visa pour Macau?

ET: les citoyens suisses n’ont pas besoin de visa pour Macau.

OD: patientez s’il vous plait, nous devons verifier.

ET (a son mari): je vais perdre patience.

LT (a son epouse): moi aussi. Je ne comprends pas leur petit manege. Tout cela est ridicule.

L’OD revient avec un sourire narquois. Il fait signe au Touriste et a son Epouse de le suivre. Un autre employe prend les deux passeports et les scrute attentivement. Il glapit qu’il manque les cartes de depart de Chine. LT et ET, qui avaient rempli les cartes au prealable, les produisent, et cela calme immediatement l’OD. Il tamponne les deux cartes et les deux passeports.

OD: merci Madame, merci Monsieur, et bon voyage.

LT et ET s’eloignent, interloques.

Calligraphie chinoise

Monday, September 25th, 2006

Yangshuo, Chine - Je suis assise sur un tabouret au milieu de l’echoppe de Yang Dong Bao, un jeune artiste de Yangshuo. Devant moi, une feuille de papier brun cadrillee de lignes rouges, quelques pinceaux, un bol rempli d’eau et une soucoupe avec de l’encre de Chine. Je prends ma premiere lecon de calligraphie.

Je regarde mon professeur comme il m’a propose de le faire - en chinois l’ideogramme pour apprendre est le meme que celui pour imiter. Il trace une ligne horizontale dans la premiere case: le chiffre 1 en chinois. Au premier abord, une simple ligne. Et pourtant, pour la dessiner, il convient de faire une sorte de s horizontal. Cela parait trivial. Je me lance et realise vite que meme de tracer une belle ligne horizontale requiert probablement des heures d’exercice. Je m’entraine sur plusieurs carres. Petit a petit un calme s’installe en moi. Je ne pense plus qu’a la ligne que je veux tracer. Un vide m’envahit, bienfaisant.

Mon professeur poursuit avec le chiffre 2, puis 3 et ainsi jusqu’a dix. C’est de cette maniere qu’on acquiert dans ce pays les bases de la calligraphie. Il me parle aussi un peu de lui. Il partage son temps entre la pratique du tai-chi le matin, et la peinture l’apres-midi. Il m’explique que les artistes ont souvent une longue vie, en raison du calme qui les habite pendant qu’ils peignent.

Apres avoir trace plusieurs fois le chiffre 10, mon professeur me propose de me lancer dans des ideogrammes. Nous ecrirons ‘bonheur’, puis ‘possible’, comme pour rester baignes dans cette ambiance de serenite. Une famille chinoise entre dans l’echoppe. Un homme d’une soixantaine d’annees se penche sur nos oeuvres puis me scrute. Il dit quelque chose a Yang Dong Bao. Ce dernier me le traduit: il faut se tenir droit, dit-il. Mon professeur acquiesce et m’explique avec un sourire bienveillant que c’est aussi en raison d’une bonne tenue que les artistes vivent longtemps.

Mes deux heures de cours touchent a leur fin. J’ecris maintenant mon prenom. Quatre ideogrammes dont notamment celui qui parait dans Angleterre (pour le Ing) et un autre qui comporte le signe se rapportant a la vache. Je souris. Deux heures qui m’ont fait decouvrir les profondeurs de cet art de la calligraphie developpe depuis des millenaires en Chine.

Amities.

Ingrid

Jeu culinaire

Sunday, September 17th, 2006

Kunming, Chine - Nous sommes immerges dans les ideogrammes, comme deux particules de plancton dans l’ocean. C’est vrai que ce n’est pas la premiere fois que nous faisons l’experience d’un autre alphabet pendant notre voyage. Mais les ideogrammes, c’est une autre paire de manches que l’alphabet cyrillique.

Intriguee par ces assemblages de traits, j’ai demande a Matthieu de m’en apprendre les plus simples. Mon epoux n’est pas Agnan (je m’etais pose la question…), mais il connait quand meme environ 450 ideogrammes japonais et bon nombre d’entre eux sont similaires aux ideogrammes chinois. Et c’est ainsi que l’ecriture prend petit a petit vie lors de nos deambulations. J’en reconnais un par ci, un par la. Pas de quoi lire des mots complets bien sur, mais cela me donne quelques indices qui me font rever sur le sens de l’inscription.

Comme vous vous en seriez peut-etre doutes, je me suis rapidement penchee sur les ideogrammes relatifs a la nourriture. Nouilles, riz, tofu, boeuf, poulet font maintenant partie de mon minuscule vocabulaire. C’est utile au restaurant car il n’y a souvent ni menu en anglais, ni photos, et il n’est en pratique que rare qu’on puisse montrer du doigt ce qu’on souhaiterait.

Alors voila, on commence par reperer la section du menu souhaitee, p. ex boeuf. A noter que plus on descend vers le sud du pays, plus cela devient crucial de bien reperer la section voulue; les specialites type sauterelles frites ou chenilles a la vapeur sont en effet de plus en plus frequentes. On choisit ensuite au hasard un plat dans ladite section. C’est alors que le suspense commence. Aurons-nous du boeuf au cinq epices, du boeuf specialite du chef ou du boeuf au poivrons verts? Reponse quelques minutes plus tard lorsque le plat nous est servi. Un jeu qui amuse aussi nos estomacs puisqu’ainsi nous evitons de toujours manger la meme chose.

Bon, j’en reste la, car au fait de cuisine chinoise, que nous degustons d’ailleurs avec delice, nous nous appretons a faire un tour au Mc Donald de la ville - le premier rencontre depuis Istanbul. Figurez-vous qu’apres 6 mois sans hamburgers McDo et loin de toutes nourritures europeennes sauf quelques rares exceptions, c’est une perspective qui nous rejouit!

Amities.

Ingrid

Yunnan

Sunday, September 17th, 2006

Kunming, Chine. Le gros avantage de voyager en bus, c’est qu’on a tout loisir de regarder le paysage. Le gros avantage de faire ca a travers la province du Yunnan, c’est que le paysage est tres joli. Le dernier des gros avantages, c’est qu’entre les bouts de paysage tres joli, il y a des villes/villages charmants.

Nous sommes arrives depuis le Tibet a Zhongdian, dont les brochures touristiques disent que c’est un peu “le Tibet pour qui n’aurait pas le temps d’y aller”. Mouais, je suis pas convaincu. Par contre, la vieille ville de Zhongdian est charmante, un peu touristique bien sur, mais charmante, accessible, et tres agreable pour flaner. En plus, arrives depuis le Tibet et ses hauts plateaux arides, Zhongdian est un peu tout le contraire, en tout cas en ce qui concerne l’aridite (ca reste a 3200m d’altitude). C’est meme enormement le contraire, car il a du y pleuvoir en 48h ce qu’il pleut a Lhasa en 480 jours… Et en plus, on y trouve un Bibimpap du tonnerre (sorte de potee coreenne bien chaude et un peu epicee, qui rechauffe depuis l’interieur), propre a ensoleiller une journee pluvieuse a Zhongdian, ou meme un jour d’hiver a Geneve, donc c’est dire.

Un peu plus au sud, nous avons parcouru la Gorge du Saut du Tigre, vraiment une tres belle gorge, et une tres agreable balade a flanc de coteau (et parfois a flanc de montagne). Tres joli, et vraiment pittoresque, meme sous les averses occasionnelles.

Ensuite, nous sommes alles a Lijiang. Tres touristique, mais sans aucun doute un des villages les plus charmants qu’il nous ait ete donne de voir depuis le debut de notre voyage. La vieille ville a ete renovee avec soin, et est maintenant classee au Patrimoine Mondial de l’Humanite de l’UNESCO. Elle a garde tout le charme de ce que devait etre une ville traditionnelle chinoise au siecle passe. Magnifique. Un endroit dont nous ne nous sommes pas lasses, meme sous la pluie, et qui franchement vaut un long detour. Ce d’autant plus qu’il y a un excellent restaurant sur place qui fait du tres bon Bibimpap. Le hic peut-etre, c’est que le restaurant est plein de rats, donc il faut mettre les pieds en altitude pour manger en paix. Et comme les rats ont peur du flash de mon appareil-photo, on pourrait conclure que le resto sert du chou marine et du rat mine.

La prochaine etape nous a menes a Dali. La region est tres jolie car c’est tout pres d’un grand lac et au pied d’une chaine de montagnes. Nous avons vu le lac (tres beau), mais pas le sommet des montagnes (il pleuvait). Le village lui-meme est d’un interet limite, tant sa renovation s’est faite au detriment de son ame. Pas moyen d’y retrouver le charme de Lijiang. Par contre, nous y avons mange un bon Bibimpap.

Et pour finir, nous voila a Kunming, une ville de toute evidence fort sympathique. Capitale du Yunnan, on la decrit comme une des plus agreables de Chine, et je n’ai pas de peine a le croire. L’endroit est en effet apparemment charmant. Par contre, nous n’y avons pas encore trouve de Bibimpap, et il pleut.

Pour conclure, je dirais que la province du Yunnan est bel et bien une province charmante, et tres agreable a visiter. En plus les distances entre les points sont (relativement) courtes, donc tout peut se faire assez agreablement - voir les avantages plus haut.

Le desavantage? La pluie, bien sur…

Bien a vous,

Matthieu

Un trajet en bus

Sunday, September 10th, 2006

Lijiang, Chine - Apres notre fabuleuse balade dans la Gorge du Saut du Tigre, nous decidons de rejoindre la ville de Lijang. Nous remettons nos gros sacs sur le dos et prenons la route. Cette fois, pas d’attente, un bus est sur le point de partir. La conductrice nous fait signe de laisser nos sacs dans le couloir, entre les deux rangees de sieges. Nous trouvons deux places etroites dans lesquelles nous nous calons.

A peine avons-nous demarre que la conductrice fait quelques annonces. Elle doit avoir de l’humour, car un vent d’hilarite souffle sur  la quinzaine de passagers locaux. Ces derniers commencent a discuter entre eux. Un homme a l’avant entonne un chant d’une belle voix de tenor. Il est accueilli par des applaudissements enthousiastes. Un peu plus loin, la conductrice s’arrete pour prendre une nouvelle passagere. A peine celle-ci est-elle en haut des marches qu’un homme d’une cinquantaine d’annee lui adresse la parole. Une question, un commentaire? Aucune idee, mais en tout cas, fou rire general dans le car. Notre chanteur se lance dans une deuxieme chanson. Certains reprennent le refrain en choeur. Plus loin, un passager sort un morceau de fromage et en offre a tout le monde, y compris a nous - nous faisons maintenant partie du groupe. Soudain, la conductrice s’arrete. Sur le bas-cote de la route, une femme marquee par le temps, coiffee d’une casquette bleue, vend des kilos de champignons. Elle en passe un plein panier a la passagere assise sur le siege du co-pilote. Celle-ci les sent avant de les passer a la conductrice qui visiblement est en train de faire son marche. Plusieurs autres pasagers s’interessent aux champignons. Des discussions animees sont entamees.

Nous nous remettons en route. Un trajet de deux heures pendant lequel regnera une humeur bon enfant. Un trajet de bus comme les autres, en Chine.

Amities.

Ingrid