Mathematiques
Monday, October 23rd, 2006Sapporo, Japon. Lorsque j’avais 15 ans, j’avais la chance de suivre les cours d’un genial professeur de mathematiques. Il nous presentait des demonstrations brillantes de theoremes varies, et finissait immanquablement par se rejouir de la beaute du theoreme et de la puissance insoupconnee des mathematiques. Il avait de quoi: il maitrisait la branche a la perfection, etait un excellent enseignant, et etait passionne par son sujet. Mes collegues et moi etions souvent interloques, mais il est vrai que c’est l’age ou on capte encore mal l’interet du calcul differentiel ou des regles regissant le cercle trigonometrique. Devant nos hesitations, mon professeur concluait donc aussi immanquablement qu’il se rejouissait de la beaute des mathematiques que “cela n’est pas grave, on ne peut pas tout comprendre dans la vie”.
Ces jours, et les quelques semaines qui viennent de finir, j’ai eu la joie de repenser souvent a la sagesse distillee par mon professeur. Il y a plein de petits moments comme ca, qu’on ne comprend pas. J’ai du murir depuis l’age de 15 ans, car je cherche de moins en moins a comprendre. Ainsi, il devient tout a fait normal d’accepter tous ces petits mysteres sans grosse difficulte. Comme par exemple, le fait que “ces sieges sont reserves” (alors que le restaurant n’est pas plein, mais que les clients arrivent et partent regulierement, donc que les sieges “reserves” changent toutes les 10 minutes); ou les controles a la frontiere chinoise; ou le refus du chauffeur de pousse-pousse de tourner a gauche quand on le lui demande 5 fois d’affilee (j’ai verifie, il n’y avait ni interdiction, ni policier, ni rien, ni personne); ou encore le fait qu’on ne peut revendre sa carte de metro de Shanghai qu’a la station qui *precede* celle du depart du train a levitation magnetique pour l’aeroport.
Ca fait partie du jeu, en quelque sorte, c’est normal dans ce genre de moments. Ca permet aussi de realiser a quel point nos schemas de raisonnement sont impuissants a faire flechir la volonte non-cartesienne de certains locaux. Mais ca non plus, on ne peut pas le comprendre, c’est juste la vie.
Par contre, il est un mystere que je vais continuer a essayer de comprendre. Comment ca se fait qu’apres avoir mis a la poste un paquet de 7 kilos a Shanghai, qu’apres avoir consciencieusement jete tout ce qui n’etait pas absolument necessaire, qu’apres avoir proprement cannibalise tous les chapitres du guide qui ne nous serviraient a rien, etc, mon sac pese encore 4 kilos de plus qu’au depart?
Bien a vous,
Matthieu