Archive for the ‘Tibet’ Category

Le monastere de Phuntsoling

Sunday, September 3rd, 2006

Lhasa, Tibet - C’est apres deux heures de piste que nous avons atteint le monastere de Phuntsoling. Depuis la route, nous avions apercu quelques paysans qui fauchaient les pres a la faux. Et c’est tout - Phuntsoling n’est pas sur les circuits touristiques.

Une petite pluie fine enveloppe le monastere. Nous entrons prudemment dans l’enceinte de celui-ci. Apres quelques batiments dans lesquels logent les moines, nous tombons sur la cour centrale. Deux moines drapes dans de belles etoffes bordeaux nous accueillent chaleureusement. Ils nous proposent de boire le the dans leur cuisine.

Les moines nous emmenent dans une grande piece carree. Au centre, legerement sureleve, un enorme fourneau occupe une bonne partie de la piece. L’un des moines s’empresse de rajouter du bois. La fine lumiere qui traverse depuis le toit et quelques bougies au beurre de yak nous permettent de distinguer d’enormes casseroles qui tronent sur le fourneau. Aux murs, toutes sortes d’ustensiles sont suspendus. Nous recevons du the au lait de yak - pas mauvais mais avec un petit arriere-gout de ferme. A peine prenons-nous une gorgee que notre tasse est de nouveau remplie.

Nous avons de la peine a nous extraire de cette ambiance paisible. Mais il faut bientot reprendre la route, et nous demandons aux deux moines d’encore visiter la salle principale du monastere. Nous les suivons dans la cour principale, puis montons quelques marches. La porte est ouverte. Une quinzaine de moines de tous les ages (le plus jeune ne doit pas avoir 10 ans) sont assis en tailleur sur des banquettes. Devant eux sont poses des feuillets rectangulaires sur lesquels sont inscrits les textes fondateurs du Bouddhisme. Chaque moine psalmodie le texte qu’il lit, a son rythme.

Enfin, nous parvenons a nous extraire de cette quietude. Il est temps: la route jusqu’a Lhatse sera encore longue.

Amities.
Ingrid

Tibetologie gastrique (ou: tibetologique gastrite)

Sunday, September 3rd, 2006

Lhasa, Tibet. Personne ne vient au Tibet pour la gastronomie. On vient pour le Potala (incroyablement beau, meme si l’interieur est un peu mort); ou pour les monasteres (souvent pleins de charme et d’atmosphere); ou encore pour le camp de base de l’Everest (vraiment impressionnant). Mais pour la gastronomie, on s’adapte et on se debrouille.

Par exemple, il y a la soupe aux nouilles. Une sorte de “tout en un” bien pratique, on rajoute de l’eau chaude, on attend dix minutes, et hop, ca remplit, c’est chaud, et on connait le gout d’avance. Ou le Nescafe “trois en un”, on rajoute de l’eau chaude, on remue, et hop, c’est liquide, c’est chaud et c’est sucre, magnifique, et on connait meme le gout d’avance, meme si ca n’a pas vraiment le gout du cafe, mais qu’importe.

Donc Ingrid et moi nous sommes bien acclimates, a l’altitude et a la nourriture. Pour l’altitude, pas de probleme, il suffit d’attendre, nous avons passe quelques jours a Lhasa et sommes ensuite montes tranquillement. Pour la nourriture aussi, pas de souci, a Lhasa nous avons essaye de varier le regime, et en dehors, il y a les soupes aux nouilles et le Nescafe, voir plus haut.

Sauf que bien sur, l’eau du robinet bout a une plus basse temperature en altitude, et que meme bouillie deux fois, parfois il doit rester des bestioles dedans. Ah, mauvaise idee, ca, le Nescafe a l’eau du robinet… Tres mauvaise idee. C’est ainsi que la semaine passee, une balade qui sonnait vraiment bien (Gyantse et son incroyable monastere; le monastere de Phuntsoling, perdu dans les montagnes; le camp de base de Sa Majeste l’Everest; le superbe lac Namtso), a tourne au bras de fer entre mon estomac et moi.

Au depart de Gyantse, ca a commence comme une sorte de vague malaise, une pression sourde qui ne partait pas. Comme je lisais le guide en voiture, je me suis dit, j’arrete et ca va passer. J’ai arrete et ca n’a pas passe. Ca a meme empire, et mon estomac a ensuite commence a manifester son profond desaccord avec ce que j’avais mange et bu. Charmant. On peut dire que j’ai ete malade comme un Mastiff (le chien local).

Pour ne rien arranger, les moines de Phuntsoling nous ont offert du the au lait de yack (que j’ai eu la presence d’esprit de refuser), et rien que l’odeur a redonne de la vigueur a mon estomac. De la vigueur pour se facher, bien sur. Je vous passe les details (y compris ceux de la fois ou un gars a trouve malin de me taper sur l’epaule pour me demander des sous *pendant* que je negociais avec mon estomac).

Bon, 8 jours plus tard (dont deux au fond du lit), ca va mieux. La bonne nouvelle, c’est que comme je ne peux toujours pas manger normalement, je perds enfin ces kilos superflus qui m’ont empeche de faire une carriere internationale comme mannequin pour des calecons de bain. Je contacte Speedo de ce pas.

Et sinon, ben il me reste les monasteres a visiter…

Bien a vous,

Matthieu

Le moulin a prieres de Mani Lhakang

Thursday, August 24th, 2006

Lhasa, Tibet - Je vous disais donc que nous etions prets a recourir a des ruses de sioux pour tenter de decouvrir le Tibet. Et bien la Kora du vieux Lhasa, un chemin de priere foule chaque jour par des milliers de pelerins, nous a offert un premier moment authentique. Il n’a fallu s’eloigner du circuit touristique que de quelques metres pour le vivre…

Plusieurs chapelles accueillent les pelerins qui le souhaitent tout au long de la Kora. Mani Lhakang est l’une d’entre elles. Lorsqu’on y entre, il faut se serrer contre un mur. L’espace est en effet presque completement occupe par un enorme moulin a prieres d’environ 2 metres de diametre et de 3 metres de hauteur. Dans la lumiere tamisee des bougies au beurre de yak, on distingue une dizaine de pelerins qui font tourner le moulin a prieres tout en marchant. Les femmes portent de longues robes recouvertes d’un tablier strie d’une multitude de lignes multicolores, qui tombe jusqu’a leurs pieds. Elles ont enleve leur chapeau. Les hommes ont souvent une natte fixee sur le sommet de leur crane. Les pelerins murmurent des prieres. Au bout de quelques minutes, ils quitteront la chapelle pour laisser la place a d’autres pelerins et rejoindre la Kora.

Amities.

Ingrid

Nous quittons la Route de la Soie

Thursday, August 24th, 2006

Lhasa, Tibet - Apres cinq mois et demi de voyage, nous quittons la Route de la Soie. D’Istanbul a Kashgar en passant par Tabriz, Mary, Boukhara et Osh parmi d’autres haltes, nous avons decouvert cette fameuse route avec emerveillement. Parfois, boire un the parfume, gouter un mets aux epices nouvelles, observer les habitants drapes dans des etoffes aux teintures locales suffisait a nous donner l’impression qu’une caravane pouvait apparaitre a n’importe quel moment. Nous nous sommes souvent sentis enveloppes d’une ambiance epaisse.

Nous avons parcouru la Route de la Soie pas a pas, par la terre. Elle nous a mene a travers des contrees ou nous avons ete accueillis chaleureusement, ou l’etranger est rare et donc source d’interet. Des sites culturels et naturels d’une beaute frappante ont ponctue notre chemin. C’est aussi la religion musulmane qui a accompagne le fil de nos peregrinations. Une religion vecue de facon tres diverse selon la region: nous avons rencontre un discours particulierement rigoureux presentant l’Islam comme seule voie possible dans l’est de la Turquie, des regles strictes dans le quotidien en Iran qui n’empechent pourtant pas une partie de la population d’avoir une pensee spirituelle libre et une pratique renaissante de la religion en Asie centrale suite au depart des Sovietiques.

C’est pour rejoindre le Tibet que nous nous sommes decides a quitter la Route de la Soie. L’immensite de la Chine nous a contraints a faire un choix. Le Tibet nous a attire comme un aimant.

Lhasa nous a pris de court. Arrives pas les airs, nous n’avons, contrairement a notre habitude de ces derniers mois, pas pu vivre le chemin qui permet de s’adapter petit a petit a une nouvelle culture, a un nouvel environnement. Engloutis dans une nuee de touristes, l’alternative est simple: accepter de ne rester qu’un autre etranger auquel le pays ne se revele que sous une forme diluee ou chercher le chemin le moins parcouru pour tenter de decouvrir les profondeurs du pays. C’est cette seconde voie qui nous inspire, mais se revelera-t-elle a nous?

Amities.
Ingrid

Souvenirs

Tuesday, August 22nd, 2006

Lhasa, Tibet. J’avais deja visite la Chine il y a 14 ans. Bon, je nuance: j’avais deja passe du temps en Chine il y a 14 ans. A l’epoque, ce voyage m’avait marque pour plusieurs raisons: premier voyage en Asie, premiere immersion au milieu des ideogrammes, et, oui, premier vrai voyage dans ce qui etait, a l’epoque, un pays en voie de developpement.

Lorsque nous avons planifie de passer cette fois par la Chine, je me suis bien sur demande ce que je ressentirais en revoyant certains des endroits que j’avais visites a l’epoque, et en particulier les deux villes que j’avais vraiment aimees en 1992, Shanghai et Hong Kong. Il est trop tot pour repondre a ces questions, et dans une large mesure, les reponses n’ont probablement que peu d’interet.

Par contre, lundi matin, nous sommes passes par le premier des endroits que j’avais deja vus a l’epoque, l’aeroport de Chengdu. Je pense sombrer dans le poncif en disant que le pays a fait un grand, un enorme bond en avant, mais je vais me le permettre, en utilisant toutefois un autre poncif: il s’agit d’un autre pays.

On m’avait prevenu, que les villes auraient change, qu’elles n’etaient plus “en voie de developpement”, mais bien “developpees”, et j’etais pret a le croire. Mais a ce point-la, c’est saisissant.

J’attends avec impatience la suite de notre periple chinois, maintenant aussi pour cette raison.

Bien a vous,

Matthieu