Rencontre avec des etudiantes d’Erzurum
Friday, April 14th, 2006Dogubayazıt, Turquie - Voila, nous sommes a la veille de notre traversee de la frontiere iranienne et pour notre derniere entree turque, je voulais vous faire part de nos petites aventures a Erzurum. Nous ne sommes restes que 36 heures dans cette ville d’un demi-million d’habitants et qui a pour reputation d’etre la plus froide de Turquie (situee a 1′800 metres d’altltude, il y fait parfois jusqu’a -35 en hiver), et pourtant nous avons eu l’impression de faire un pas de geant vers la Turquie pendant ces quelques heures.
A peine descendus du train a Erzurum, nous nous sommes mis en quete d’un hotel, comme a notre habitude. Nous deambulions tranquillement devant la Migros 3M d’Erzurum (si, si, si) lorsque 4 jeunes filles d’une vingtaine d’annees nous ont accostes. Emire, Songul, Hadije et Eslarlar sont etudiantes a la faculte d’anglais de l’Universite d’Erzurum (l’une des plus importantes universites du pays - elle compte 45′000 etudiants). Un de leurs professeurs leur a demande d’enqueter sur l’image de la Turquie en Occident. Elles souhaitent donc nous interviewer. Nous nous pretons au jeu avec bonne volonte (un jeu assez delicat tout de meme, surtout la question sur l’entree de la Turquie dans l’Union Europeenne… ) Nos quatre etudiantes sont ravies; elles avaient apparemment passe la ville au peigne fin pendant deja 3 heures cet apres-midi-la pour trouver des touristes et etaient sur le point de declarer forfait lorsqu’elle nous ont apercus. (Il est vrai que nous ne sommes pas tres discrets avec nos gros sacs et le chapeau de Matthieu…)
Apres l’interview, elles nous proposent de nous emmener faire un tour sur le campus de leur Universite. Apres un verre au cafe trendy du campus, rendez-vous est pris pour le lendemain matin: Emire et Songul souhaitent nous faire decouvrir la ville. Le lendemain, apres deux heures de visite, nous prenons conge de nos deux guides en fin de matinee, car elles ont cours de 13h00 a 16h30 (cours de traduction, puis de culture americaine). Mais Songul, a qui nous avions demande l’adresse d’un lavoir pour faire notre lessive, nous propose de lui remettre notre linge en fin de journee pour qu’elle fasse notre lessive.
A 17h00, donc, nous arrivons a notre rendez-vous et Songul nous fait signe de la suivre. Elle dit avoir une surprise pour nous. Songul nous emmene dans l’appartement qu’elle partage avec 6 autres etudiantes. Un appartement vestuste? Eh bien pas du tout. L’appartement est flambant neuf et immense - le salon doit avoir la taille d’un court de tennis, ou presque. Des moulures aux plafonds et des embrasures de portes aux formes orientales lui donnent un charme discret. Nous nous extasions, mais Songul nous repond que pour Erzurum, c’est un appartement tout a fait quelconque.
La surprise que Songul et Emire nous ont preparee est en fait un delicieux repas. De la soupe, des ‘mantı’ (sorte de raviolis a la viande) a la sauce au yoghurt, ail et piment, des legumes… un festin qui nous est servi sur une nappe etendue sur la moquette du salon. Les co-locataires de Songul se joignent a nous pour le repas. Elles ont toutes les cheveux couverts par un foulard noue sous le menton et portent de longues jupes et des hauts amples. Seules Songul et Emire parlent l’anglais. Les autres sont etudiantes d’autres facultes (mathematıques, sciences economiques, religion) et en ont une connaissance extremement limitee.
Nous sommes restes plusieurs heures a partager nos differences. Elles s’etonnent de notre voyage et nous racontent qu’en Turquie, presque personne n’a l’occasion de voyager a l’etranger. Les Turcs utilisent en general leurs revenus pour s’acheter une maison, une voiture et non pour partir en vacances a l’etranger. Nous leur montrons quelques photos de notre mariage. Aglutinees autour de moi, elles commentent et rigolent. L’une d’entre elles demande si l’un des freres de Matthieu est encore libre. Songul nous explique que si aucune d’entre elles n’est encore mariee, il n’est pas rare pour une jeune fille de l’est de la Turquie de se marier vers 16 ans, alors qu’a l’ouest, l’age moyen d’une jeune epouse est d’environ 25 ans. Elles ne verront en tous les cas qu’une ou deux fois leur futur epoux avant que le lien ne soit officialise par des fiancailles.
Soudain, nous entendons le muezzin au loin qui appelle les fideles a la priere du soir. Nos hotes nous expliquent qu’elles doivent maintenant prier. Nous prenons conge d’elles. Elles me remettent un foulard et Matthieu recoit un livre sur … le salut de l’ame a travers le Coran. Etait-ce parce qu’a la question d’Emire sur ses convictions religieuses, il avait ouvertement dit ne pas croire en Dieu?
Un deuxieme foulard me sera certainement tres utile, puisque des demain, en Iran, je ne pourrai me balader sans me couvrir les cheveux.
Amities
Ingrid