Archive for the ‘Turquie’ Category

Rencontre avec des etudiantes d’Erzurum

Friday, April 14th, 2006

Dogubayazıt, Turquie - Voila, nous sommes a la veille de notre traversee de la frontiere iranienne et pour notre derniere entree turque, je voulais vous faire part de nos petites aventures a Erzurum. Nous ne sommes restes que 36 heures dans cette ville d’un demi-million d’habitants et qui a pour reputation d’etre la plus froide de Turquie (situee a 1′800 metres d’altltude, il y fait parfois jusqu’a -35 en hiver), et pourtant nous avons eu l’impression de faire un pas de geant vers la Turquie pendant ces quelques heures.

A peine descendus du train a Erzurum, nous nous sommes mis en quete d’un hotel, comme a notre habitude. Nous deambulions tranquillement devant la Migros 3M d’Erzurum (si, si, si) lorsque 4 jeunes filles d’une vingtaine d’annees nous ont accostes. Emire, Songul, Hadije et Eslarlar sont etudiantes a la faculte d’anglais de l’Universite d’Erzurum (l’une des plus importantes universites du pays - elle compte 45′000 etudiants). Un de leurs professeurs leur a demande d’enqueter sur l’image de la Turquie en Occident. Elles souhaitent donc nous interviewer. Nous nous pretons au jeu avec bonne volonte (un jeu assez delicat tout de meme, surtout la question sur l’entree de la Turquie dans l’Union Europeenne… ) Nos quatre etudiantes sont ravies; elles avaient apparemment passe la ville au peigne fin pendant deja 3 heures cet apres-midi-la pour trouver des touristes et etaient sur le point de declarer forfait lorsqu’elle nous ont apercus. (Il est vrai que nous ne sommes pas tres discrets avec nos gros sacs et le chapeau de Matthieu…)

Apres l’interview, elles nous proposent de nous emmener faire un tour sur le campus de leur Universite. Apres un verre au cafe trendy du campus, rendez-vous est pris pour le lendemain matin: Emire et Songul souhaitent nous faire decouvrir la ville. Le lendemain, apres deux heures de visite, nous prenons conge de nos deux guides en fin de matinee, car elles ont cours de 13h00 a 16h30 (cours de traduction, puis de culture americaine). Mais Songul, a qui nous avions demande l’adresse d’un lavoir pour faire notre lessive, nous propose de lui remettre notre linge en fin de journee pour qu’elle fasse notre lessive.

A 17h00, donc, nous arrivons a notre rendez-vous et Songul nous fait signe de la suivre. Elle dit avoir une surprise pour nous. Songul nous emmene dans l’appartement qu’elle partage avec 6 autres etudiantes. Un appartement vestuste? Eh bien pas du tout. L’appartement est flambant neuf et immense - le salon doit avoir la taille d’un court de tennis, ou presque. Des moulures aux plafonds et des embrasures de portes aux formes orientales lui donnent un charme discret. Nous nous extasions, mais Songul nous repond que pour Erzurum, c’est un appartement tout a fait quelconque.

La surprise que Songul et Emire nous ont preparee est en fait un delicieux repas. De la soupe, des ‘mantı’ (sorte de raviolis a la viande) a la sauce au yoghurt, ail et piment, des legumes… un festin qui nous est servi sur une nappe etendue sur la moquette du salon. Les co-locataires de Songul se joignent a nous pour le repas. Elles ont toutes les cheveux couverts par un foulard noue sous le menton et portent de longues jupes et des hauts amples. Seules Songul et Emire parlent l’anglais. Les autres sont etudiantes d’autres facultes (mathematıques, sciences economiques, religion) et en ont une connaissance extremement limitee.

Nous sommes restes plusieurs heures a partager nos differences. Elles s’etonnent de notre voyage et nous racontent qu’en Turquie, presque personne n’a l’occasion de voyager a l’etranger. Les Turcs utilisent en general leurs revenus pour s’acheter une maison, une voiture et non pour partir en vacances a l’etranger. Nous leur montrons quelques photos de notre mariage. Aglutinees autour de moi, elles commentent et rigolent. L’une d’entre elles demande si l’un des freres de Matthieu est encore libre. Songul nous explique que si aucune d’entre elles n’est encore mariee, il n’est pas rare pour une jeune fille de l’est de la Turquie de se marier vers 16 ans, alors qu’a l’ouest, l’age moyen d’une jeune epouse est d’environ 25 ans. Elles ne verront en tous les cas qu’une ou deux fois leur futur epoux avant que le lien ne soit officialise par des fiancailles.

Soudain, nous entendons le muezzin au loin qui appelle les fideles a la priere du soir. Nos hotes nous expliquent qu’elles doivent maintenant prier. Nous prenons conge d’elles. Elles me remettent un foulard et Matthieu recoit un livre sur … le salut de l’ame a travers le Coran. Etait-ce parce qu’a la question d’Emire sur ses convictions religieuses, il avait ouvertement dit ne pas croire en Dieu?

Un deuxieme foulard me sera certainement tres utile, puisque des demain, en Iran, je ne pourrai me balader sans me couvrir les cheveux.

Amities

Ingrid

Tres loin a l’est…

Friday, April 14th, 2006

Dogubayazit, Turquie. Tres loin a l’est, il y a l’ouest, c’est bien connu. Et quelque part en chemin, pas encore trop a l’est, il y a Dogubayazit. Ah, Dogubayazit! Ses casernes, ses militaires jeunes et beaux qui sentent bon le sable chaud, et qui aussi parfois defilent dans les rues sur une jeep magnifiquement decoree de fausses fleurs en saluant a la ronde, voire surveillent les alentours quand leur chef defile sur sa jeep. Il y a aussi bien sur une rue principale bordee de magasins vendant des produits pour contrebandiers, un cordonnier qui date de quelques annees apres GT (Gore-Tex) et qui a pu *coller* le nouveau decollement de ma semelle. Bref, une petite ville frontaliere comme on les aime, poussiereuse et ennuyeuse, le coin ou on ne voudrait pas etre coince 15 jours…

Sauf qu’il y a deux choses extraordinaires juste a cote. L’une, c’est le Mont Ararat, 5137 metres, ou, selon la tradition, Noe s’est echoue. Une enorme montagne, surgie du plateau environnant, apparemment magnifique (elle reste pour l’instant essentiellement cachee par les nuages, sauf pour un court instant hier le long du chemin), et en tout cas tres majestueuse. Comme le plateau est aux alentours de 2000 metres d’altitude, ça fait quand meme une belle hauteur du sol au sommet.

Et l’autre, c’est le momument de Ishak Pasha, une mosquee fortifiee doublee d’un palais, perchee sur un rocher et qui semble veiller sur toute la vallee. Non seulement le batiment est pourvu de raffinements inhabituels pour le 17e siecle (chauffage central, eau courante et egout), mais c’est une merveille de gout et de solennite, sculptee de partout, et avec une vue a couper le souffle sur le plateau. Incroyable, et simplement magnifique. Comble du raffinement (mais la, ça ne date pas du 17e siecle), il y a un restaurant a cote, qui sert de la biere (plus si facile a trouver si pres de l’Iran). Nous en avons donc profite pour en boire une derniere, vu que nous traversons la frontiere demain.

Je ne sais pas exactement quel genre de depaysement nous attend de l’autre cote, mais nous mesurons deja le chemin parcouru depuis Istanbul et la cote ouest. Outre les bieres plus difficiles a trouver, la cuisine est plus epicee, les gens plus pauvres et plus conservateurs (foulards tres stricts et longues barbes en attestent a chaque instant), mais aussi plus chaleureux, les monuments n’ont plus la moindre ressemblance avec des restes romains, bref, tout d’un coup nous sommes au Moyen-Orient. Nous sommes aussi dans une region ou la legendaire presence de l’armee dans la vie de la Turquie se fait quotidienne.

Bref, ici a Dogubayazit, nous avons deja fait un petit bout du chemin qui nous menera la-bas, tres loin a l’est.

Bien a vous,

Matthieu

Le cordonnier datait d’avant le Gore-Tex

Wednesday, April 12th, 2006

Erzurum, Turquie. Bon, nous voila a Erzurum, derniere grande ville avant la frontiere iranienne. Nous sommes partis il y a quelques jours de Göreme, en Cappadoce, et avons donc quitte ses fameuses maisons creusees dans les rochers, ses villes souterraines, et ses touristes pour un coin pas mal plus recule dans l’est de la Turquie. Nous avons traverse cette region un peu plus vite que precedemment, et avons parcouru environ la moitie du pays, via Sivas (un regal), Divrigi (un petit village charmant), et tout l’est du plateau anatolien. Immense, vide, et impressionnant. Une sorte de grand desert d’altitude vaguement clairseme de quelques maisons ici et la et de dizaines de moutons. Joli? Pas vraiment, sauf au debut du trajet entre Divrigi et Erzurum, ou la ligne de chemin de fer suit la gorge de l’Euphrate, magnifiquement escarpee.

Donc exit la Cappadoce. Nous y avons visite les etranges maisons creusees dans les rochers en forme de pain de sucre et une cite souterraine. L’ensemble est plus que bizarre de l’exterieur (on se croirait arrives sur la Lune), et presque oppressant de l’interieur (8 etages sous terre, tout seul, decidement je n’etais pas fait pour devenir mineur…).

Bien sur, quand on visite un endroit caillouteux et montagneux, il est crucial d’avoir de bonnes chaussures, et de les entretenir. Ainsi donc, lorsque de retour de la cite souterraine, j’ai aperçu un petit decollement de ma semelle, j’ai immediatement cherche un moyen de faire reparer cela. Mes chaussures sont a la pointe de la technologie moderne, Gore-Tex, melange de cuir et de synthetique, thermoformee a chaud et collees en une seule piece, bref, des merveilles d’etancheite respirante, legeres, solides et tout et tout.

Donc je les ai amenees chez un cordonnier. Normal. Bon, en l’occurrence le cordonnier n’etait plus tout jeune. Il a commence par nous regarder avec suspicion, et une pointe d’hostilite, qui ne s’est pas arrangee lorsque je lui demande si je pouvais faire une photo de lui. Ah, la photo, mauvaise question, ça, exclu. Bon, eh bien du moment qu’il me reparait ma chaussure…

Donc il s’est mis au travail, grosse colle (j’approuve!) dans le baillement de la semelle, pression juste la, ou ça commence, excellent, et ensuite… il a sorti une enorme alene et une grosse aiguille avec du gros fil et il a commence a trouer et coudre. Bien sur, bien sur, c’est la meilleure methode sur des chaussures en cuir deja cousues a la base, et forcement apres la couture, ça tient bien fort, mais bon, sur les chaussures en Gore-Tex qui doivent etre *etanches*, ça marche moins bien. Bon, j’ai en vain essaye de le lui expliquer avec des phrases tres complexes (il ne parlait pas anglais) genre “non, s’il vous plait, pluie, eau, non, pluie et non eau”, mais sans succes, evidemment.

Alors je l’ai laisse faire (c’etait de toute façon trop tard) et a la fin je lui ai demande de noyer la couture dans la colle, histoire que les 12 trous soient au moins etancheifies… Argh, re-mauvaise question. Il aurait probablement mieux valu que je lui demande si par hasard je pouvais lui acheter tout son atelier et payer en chevres, voire si une de ses filles etait disponible pour epouser un copain a moi - reste au pays - qui a un historique de depecer ses compagnes, mais alors douter de sa couture… Bon, a force d’insister il a quand meme obtempere, et maintenant j’ai une toute nouvelle chaussure, collee a chaud, thermoformee, etc, et cousue.

Je vais contacter le fabricant en rentrant pour leur faire part de cette innovation…

Bien a vous,

Matthieu

Keyif

Wednesday, April 5th, 2006

Göreme, Turquie - Le Keyif: l’art turc de se relaxer. Siroter un the sur la place du village avec quelques amis, s’asseoir a l’ombre d’un citronnier et regarder les gens passer, boire un ayran (sorte de lait acidule dont les Turcs font une grande consommation) en jouant au backgammon, en voici quelques exemples.

Matthieu et moi nous sommes immediatement interesses a cet art trop peu connu en Suisse. Nos debuts a Istanbul furent laborieux, mais depuis, chaque jour nous amene de nouvelles possibilites d’en observer la pratique, laquelle semble ici quotidienne et faire partie d’une certaine hygiene de vie. Et la semaine passee, nous avons beneficie d’un cours intensif…

Le cours etait donne sur un bateau - ce qui n’etait bien sur pas pour me deplaire - et rien ne nous laissait presager qu’en quelques jours nous passerions de notre statut d’apprentis peu doues a celui de novices prometteurs. Nous nous sommes donc embarques sur un elegant gulet (bateau traditionnel turc) pour 4 jours de croisiere sur la cote sud de la Turquie. Question voile, je prefere ne pas en parler… La frustration totale. Alors que les deux mats qui s’elancaient vers le ciel m’avaient donne les espoirs les plus fous, le foc - unique voile a bord - ne fut monte que 30 petites minutes. Grrr! Mais sinon, ce furent 4 jours de reve avec la decouvertes de trois villages pittoresques (Kaş, Kekova et Simena) et surtout de plusieurs criques ou nous nous sommes sentis seuls au monde. Et en prime: un cours intensif de keyif.

Bon, ce cours n’est pas normalement prevu a l’agenda d’une telle croisiere. Nous en avons beneficie car au lieu des 12 passagers habituels, nous n’etions que 4. Voyager en basse saison a du bon. Un couple de jeunes australiens tres relax, Tom et Emma, etait donc aussi de la partie. Les trois membres d’equipage - Kasim le capitaine, Yussuf le cuisinier et marin confirme et Mehmet le mousse - etaient loin d’etre debordes et nous avons donc pu les observer a loisir dans leur pratique quotidienne du keyif. Le plus doue d’entre eux etait sans conteste Yussuf qui savait allier cuisine et keyif avec raffinement. La croisiere nous a meme donne l’occasion de decouvrir une des formes de keyif de luxe: observer une eclipse solaire totale allonges sur le pont d’un bateau. On a adore!

Le keyif, nous le pratiquons maitenant un peu tous les jours et on a meme developpe une ou deux formes helvetico-turques de cet art. Je recommande pour ma part tout particulierement la degustation d’un carre de frigor noir en ecoutant le bruit du vent dans les arbres. Rien de tel aussi que le keyif entre amis. On a eu l’occasion de le pratiquer tout recemment. De retour sur terre, nous avons saute dans un bus pour Pamukkale. Objectif: retrouver Marie et Piero qui etaient venus pour une semaine en Turquie pour observer la fameuse eclipse totale de soleil dont je vous parlais plus haut. On a eu grand plaisir a passer ces quelques heures entre amis. Les rencontres sur la route sont en effet frequentes mais elles restent relativement peu profondes.

Nous esperons encore profiter de la grosse semaine qui nous reste en Turquie pour parfaire notre maitrise fragile de cet art.

Bon, c’est tout pour aujourd’hui. Le keyif m’appelle…

Amities.

Ingrid

Sur la mer

Friday, March 31st, 2006

Pamukkale, Turquie. La houle se fait plus forte. La cote s’eloigne sur l’horizon. Nous nous dirigeons vers le large. Le vent forcit. Une voix se fait entendre: “ça commence!”

Imperceptiblement, les ombres perdent de leur nettete. Le pont du bateau secoue de plus en plus, de petits moutons d’ecume ornent les vagues. Le bateau maintient son cap plein sud, et danse sur les vagues. Il fait presque frais, malgre le soleil de midi. Un bref coup d’oeil: oui, ça a bel et bien commence.

Les reflets sur l’eau brillent au loin. Le bleu profond de l’eau se noie dans celui du ciel, a peine interrompu par la mince zebrure beige de quelques montagnes a l’horizon. Je frissonne.

J’enleve mes lunettes de soleil. La lumiere prend une teinte metallique inhabituelle. Le vent souffle de plus en plus fort. Plus qu’un petit croissant qui se ferme a vue d’oeil, la luminosite baisse, et baisse, et toujours cette lumiere grise.

Tout a coup ça y est. Venue de nulle part, l’ombre qui court sur la mer nous submerge, il fait nuit, il fait froid, l’eclipse est totale. Le vent tombe. Un coucher de soleil nous entoure dans toutes les directions, love derriere l’horizon. Une etoile. Il est 13h. Le soleil a disparu.

Mes yeux s’habituent a la vague penombre sans parvenir a me convaincre qu’il fait vraiment nuit. L’atmosphere transpire une tension latente, une sorte d’impatience contenue, comme si la nature entiere retenait son souffle. Quelquechose cloche.

Un petit souffle de vent accompagne le tout premier rayon qui nous revient. La lune commence a nous rendre le soleil.

Bien a vous.

Matthieu

Anatolie

Friday, March 24th, 2006

Egirdir, Turquie. Nous voila a Egirdir, un tres joli village perdu dans les montagnes de la “region des lacs”.  Un lac, donc, tres grand, le quatrieme de Turquie en taille, et des montagnes partout autour. Ah oui, il y a aussi une base militaire des troupes commando juste a cote (nous avons eu une demonstration cette apres-midi, avec defile, lever des couleurs, fanfare et tout et tout). Nous sommes donc en Anatolie centrale.

Le trajet a ete plus que pittoresque depuis Pamukkale (notre precedent arret). Vu depuis le bus qui nous a amenes ici, le paysage a subtilement commence a changer. De la plaine cotiere, nous sommes maintenant montes sur un plateau, a environ 1000m d’altitude, et de tous les cotes il y a des montagnes ou des collines, vides, a l’exception d’un village de temps en temps ou d’un berger avec son troupeau. Peut-etre pour la premiere fois, nous avons l’impression d’etre un peu plus loin de l’Europe et des paysages familiers, sans meme mentionner la vie familiere.

Tout cela me donne l’impression que nous nous sommes gentiment mis “dans le bain” du voyage. Depuis Istanbul, ou nous avons commence par simplement decompresser, nous avons visite Bursa (ancienne capitale imperiale ottomane), Bergama et son extraordinaire acropole, Ephese, et Pamukkale. Tous ces endroits sont plus ou moins touristiques (sauf Bursa), et aussi essentiellement similaires a bien des endroits en Europe.

Mais avant-hier en montant dans le bus a Pamukkale, nous savions que nous nous dirigions vers l’est, la Turquie plus traditionnelle, plus rurale. Et nous n’avons pas ete decus, ni par le trajet, ni par Egirdir. Ici nous sommes bien depayses.

Cet apres-midi, nous sommes montes dans un village perdu dans les montagnes derriere Egirdir, a deux heures de marche. Je precise les deux heures de marche parce qu’il n’y a pas de bus pour y aller. Donc au final, nous sommes entres dans le village, et nous avons fait un saut dans le temps. Quelques maisons, des vergers, un peu de betail, peu de personnes en dessous de 50 ans, aucun anglophone, presque pas de vehicules (un tracteur ici et la), et voila. Bon, aussi une vue plongeante magnifique sur le lac, 500m plus bas et… le silence. Pas de bruits, pas d’eclats de voix, pas de trafic. Et aussi la sensation amusante que tour a tour, tous les habitants du village sont sortis sur leur terrasse a notre passage. Ingrid a meme discute quelques minutes avec une vieille dame qui avait sorti deux chaises en plastique devant sa maison pendant que je prenais des photos. Elle finira d’ailleurs par nous faire du the pendant que nous mangeons notre pic-nic sous sa veranda. Oui, de toute evidence, nous sommes en Anatolie.

Bien a vous,

Matthieu

Jour de marche a Egirdir

Friday, March 24th, 2006

Egirdir, Turquie - C’etait jour de marche hier a Egirdir. Sur la grande place de ce bourg de 18′000 habitants, les stands se serraient les uns contre les autres. Un vent violent soufflait et les marchands etaient emmitouffles dans de grosses vestes. La ville est a 1000 metres d’altitude et il y fait encore frais. Les montagnes qui entourent le lac sur les rives duquel Egirdir s’etend sont encore saupoudrees de neige.

On se balade parmi les stand de fruits et legumes, d’olives (au moins 15 sortes), de produits laitiers, mais aussi de cuilleres en bois, d’habits et de toutes sortes d’ustensils. Matthieu fait quelques photos et a rapidement du succes: une dame de 60 ans vient lui demander de la prendre en photo, un autre souhaite que son ami et le fils de ce dernier soient eux aussi photographies et enfin le marchand d’oeufs pose et est deçu de voir que le sujet principal de la photo etait les oeufs et non lui.

On decide d’acheter un pic-nic. On choisit un premier morceau de fromage. ‘Kaç lira?’ (combien ça coute?) demandons-nous au marchand. Il sourit et nous fait signe que ça ne coute rien. La quantite est trop petite. Il y a pourtant bien 100 grammes de fromage. Il est vrai que la plupart des clients semble acheter de grandes quantites (chiffrable en kilos et non en grammes) - peut-etre pour nourrir des familles nombreuses. On croise un marchand de pain au sesame et on lui en achete. Plus loin, une fromagere semble avoir un succes tout particulier. On s’approche et elle nous tend un morceau de fromage, un bout de pain au sesame et un oignon vert (spring onion) pour gouter. Le fromage est tres bon et se marie bien avec l’oignon. On decide d’acheter de son fromage et on trouve plus loin quelques oignons verts pour l’equivalent de 25 centimes. On complete notre pic-nic par quelques olives avant de trouver une petite ruelle abritee du vent et baignee de soleil pour le deguster. Un petit moment de bonheur que j’avais envie de partager avec vous.

On vous souhaite un bon week-end a tous.

Amities.

Ingrid

 

Aphrodisias

Tuesday, March 21st, 2006

Pamukkale, Turquie - Il y a plusieurs mois, mon chef avait mentionne Aphrodisias comme etant un site tout a fait exceptionnel. J’en avais mentalement fait une note, espérant pouvoir y faire un saut a la prochaine occasion. Eh bien, l’occasion s’est presentee et le saut fut fait ce jour.

Tout n’avait pourtant pas tres bien commence. Pour s’y rendre en transports publics - notre moyen habituel pour nous deplacer - il faut prendre plusieurs bus d’affilee, et surtout, d’apres le informations recoltees, accepter de ne jamais savoir si on y arrivera vraiment: aucun bus n’a comme destination Aphrodisias - il faudrait donc convaincre le chauffeur de nous deposer a quelques kilometres de la. De plus, aucune certitude de trouver un bus pour rentrer - la route non loin du site est apparemment peu pratiquee. La poisse, donc. L’alternative etait un tour organise. Pas notre option favorite, mais bon, ca ferait l’affaire pour cette fois. On l’a meme envisage positivement: ca sera agreable d’etre pris en charge pour une fois. On s’est donc mis en quete de ce fameux tour organise, le coeur leger et encore innocents des quelques obstacles qu’il nous faudrait franchir pour meriter Aphrodisias…

Il y eut d’abord Ahmet (j’ignore son nom de famille, mais j’ai deja rencontre deux de ses freres, une de ses soeurs et une de ses belle-soeurs; ceux qui ont voyage en Turquie auront surement aussi rapidement rencontre des familles entiere au detour d’une reservation) qui tient une pension a Pamukkale. Il  n’etait pas parvenu a nous convaincre de prendre une chambre dans sa pension, et nous a donc propose divers tours. Le prix de celui pour Aphrodisias etait, apres negociation bien sur (c’est fou ce qu’on s’ameliore en matiere de marchandage quand on sait que la consequence sera de pouvoir avoir une chambre chauffee et donc de ne pas devoir dormir en dessous de laine, malgre son sac de couchage et moultes couvertures - les nuits sont fraiches en Anatolie…) totalement hors budget pour nous, et je crois qu’il qualifıerait d’usurier en cette saison. Nous sommes ensuite alles au bureau de la compagnie de bus voisine de la Pension d’Ahmet. A nouveau, prix crevant tout pafond envisageable. Bon, la compagnie de bus est geree par le frere d’Ahmet… Peut-etre une famille a l’esprit commercial surdeveloppe. On essaie une autre compagnıe de bus, et la, nous voyons moins de dollars dans les yeux du gerant - il profıtera d’un voyage a Aphrodisias pour voir un de ses amis malade - et notre boule de crystal nous dit que nous devrions decouvrir ce site mythique d’ici peu. Le prix promis n’est valable que si un autre client se joint a nous. ‘Easy, peasy’, nous sommes-nous dit. C’etait compter sans la basse saison et les touristes presses de continuer vers la Cappadoce… Nous devrons attendre 36 heures pour trouver la perle rare.

Ce matin donc, depart pour Aphrodisias, plein d’attentes. Eh bien, nous avons ete eblouis! Aphrodisias comporte notamment un stade du 2e siecle de notre ere, extremenent bien conserve (apparemment c’est le stade romain le mieux conserve de la planete) encore plein de vibrations, un beau theatre et une porte de la ville qui en dit long sur la grandeur de celle-ci au debut de l’ere chretienne. Bref, on a adore se balader et profıter des nombreux moments ou on s’est retrouves totalement seuls au milieu de ces vielles pierres. Apres Pergame et Ephese, on a encore une fois ete transportes.

Pour ceux qui aimeraient voir quelques photos de ce site extraordinaire, voici une adresse internet qui vous en propose quelques-unes en attendant celles de Matthieu d’ici, euh, quelques mois… http://travelpics.ifrance.com/turquie/aphrodisias/photosd’haphrodisias.htm

Amities a tous.

Ingrid

Le café

Tuesday, March 21st, 2006

Pamukkale, Turquie. Je marche dans la rue poussiéreuse. Une voiture klaxonne, un homme crie, un autre gesticule. Les bruits de la ville.

Je pousse une porte et entre.

L’endroit est petit, sans etre étriqué. Comme si la taille du lieu participait à son atmosphère. Dans l’angle, une table, et un banc autour. Plusieurs hommes sont assis devant des tasses plus ou moins pleines. Une machine dans un autre coin, de la vapeur qui en sort, et une forte odeur de café.

La télévision nous abreuve en permanence de musique vaguement kitsch entrecoupée de nouvelles. Je commande un café. Le maitre des lieux se lance dans un rituel bien huilé, la machine qui crache de l’eau bouillante et de la vapeur, le mélange de la poudre de café moulue très fine avec le sucre, la cuillère qui tape sur les bords de la petite cafetière, la flamme qui jaillit, un peu de patience, et il me remplit une petite tasse. Je suis assis sur le banc, au milieu de plusieurs personnes du discours desquels je ne comprends pas un traitre mot, dans cet endroit paisible, hors des bruits de la ville, et ma tasse de café remplit mes narines de son odeur amère et douce.

Une gorgée, une autre, et rapidement la sensation sablonneuse qui marque la fin de la tasse. Je paie, je me lève, et je ressors.

Les bruits de la ville m’assaillent. 

Matthieu

Culture classique

Tuesday, March 14th, 2006

Bergama, Turquie. Vous avez deja croise de ces livres serieux, genre livres que personne ne lirait sauf s’il y etait force? Par exemple sur des sujets comme l’economie politique internationale comparee de la premiere moitie du 20e siecle dans les regions finno-ougriophones, ou encore sur l’amelioration de la theorie quantique du champ des ligands dans la conception russe de la chimie minerale d’avant la guerre de Crimee? Bon, eh bien nombre d’entre eux portent la marque “Pergamon Press”, du nom de la ville romaine de Pergamum, en Asie mineure. Bon, eh bien c’est la que nous sommes. A mon grand soulagement, l’editeur en question n’a pas de magasin ni d’imprimerie ici.

Donc Pergamum (Bergama aujourd’hui) est un gros bourg avec un immense marche aux legumes, plein de tracteurs, un marche couvert vaguement decevant, une rue centrale de 800 metres de long et… un site extraordinaire sur une colline juste derriere.

Ingrid et moi avons ce matin vaillamment gravi la colline, je dis vaillamment car on n’etait jamais vraiment surs d’arriver en haut avant la pluie. Et je dois dire qu’autant la ville moderne ne presente aucun interet (sauf la pension Athena, nous y reviendrons), et autant le site antique est incroyable (Obelix aurait confirme: elle est magnifique, cette cropole). Sur le flanc de la colline, il y a les restes d’un theatre de 10′000 places, une ville etalee sur trois niveaux entre la plaine et le sommet, le tout peu restaure, mais juste assez pour que ca donne une excellente idee de la taille, la majeste et l’importance de l’ensemble. En plus, la vue depuis le sommet est incroyable, pas difficile d’imaginer que personne n’aurait voulu assieger cet endroit sans y avoir tres bien reflechi auparavant. Excellente visite.

Bon, l’autre point vraiment bien a Bergama, c’est la pension Athena, qui, selon son propre slogan, “n’est pas la meilleure, mais fait son possible pour le devenir”. Ce qu’elle a de formidable, c’est que le patron nous prete la cuisine, et donc cet apres-midi, apres la visite (et avant l’averse), Ingrid et moi nous sommes mijote le plus extraordinaire demi-kilo de cornettes a la sauce tomate de ce cote-ci du Bosphore. Magnifique. Comme quoi rien ne vaut la cuisine faite maison.

Comme quoi aussi, alors que le pere d’Ingrid nous a donne comme consigne pour le voyage d’essayer de ramener en Suisse un plat aussi genial que le macaroni importe par Marco Polo, eh bien nous allons commencer par essayer de l’implanter en Turquie car le brave M. Polo n’y est pour le moment pas encore arrive.

Bien a vous.

Matthieu