Archive for the ‘Tadjikistan’ Category

Une nuit dans une yourte

Sunday, July 16th, 2006

Osh, Kirghizstan - Ce matin-la, nous avions quitte Murgab, une petite ville de 7500 habitants en plein Pamir, a 3600m d’altitude. Notre jeep russe est pleine a craquer avec ses quatre passagers - nous voyageons avec Celine et Jerome, un couple de Neuchatelois tres sympas - nos sacs et nos reserves d’eau.

Nous quittons rapidement la fameuse route du Pamir pour nous engager sur une piste qui s’enfonce dans les montagnes. La route est mauvaise. Nous serons secoues pendant des heures avant d’enfin atteindre le hameau de yourtes de Jalang, au fond d’une vallee verdoyante, a 4300m d’altitude.

Plusieurs femmes nous accueillent et nous proposent de prendre le the dans la yourte dans laquelle nous passerons la nuit. L’une d’elle etend une nappe par terre et romp du pain qu’elle pose devant nous. Elle dispose aussi des bols de creme, de yoghurt et de sucre sur la nappe. Nous recevons une coupe de the vert. La chaleur du poele qui est au centre de la yourte nous rechauffe. Les bouses de yacks sechees qui brulent dans le poele degagent une odeur acre.

Nous sortons pour profiter des dernieres lueurs du soleil. C’est l’heure de la traite des yacks. Plusieurs femmes, jeunes et moins jeunes, s’affairent autour des betes. Quelques petits tetent. Les yacks passeront la nuit a proximite du hameau avant d’etre ramenes aux paturages au petit matin.

Apres une soupe aux nouilles, notre hote prepare nos lits. Plusieurs couches de duvets sont etendus par terre. Ils serviront de matelas et de couvertures. Nous eteignons la lampe a petrole, et rejoignons les bras de Morphee pour quelques heures de sommeil bien meritees.

Au reveil, le soleil est deja haut dans le ciel. Les yacks sont repartis dans les paturages avec les hommes. Non loin de notre yourte, quelques femmes sont reunies autour d’un feu sur lequel est pose un enorme chaudron. Elles preparent du fromage. Nous nous impregnons de cette vie simple.
Amities
Ingrid

Murgab

Sunday, July 16th, 2006

Osh, Kirghizstan. A trois jours de route de Dushanbe par la route principale, le double si on traverse la vallee de Wakhan, bienvenue a Murgab. La vallee est somptueuse, verte malgre l’altitude (3600 m), et le village est presque accueillant, malgre l’atmosphere de fin du monde qui s’en degage. Peut-etre parce qu’il contraste avec le desert qui l’entoure. La deuxieme ville de la region autonome du Gorno-Badakhshan (GBAO) s’etend mollement entre les hauts sommets du Pamir avoisinant. Les maisons sont basses, peintes en blanc, et souvent couvertes de poussiere (seule la rue principale est goudronnee). Et tout le village ou presque, disparait lorsque tombe la nuit, puisqu’il n’y a pas d’electricite. Seuls de rares privilegies ont une generatrice, mais encore faut-il avoir de l’essence pour la remplir…

Pourtant, apres une promenade au “centre” de Murgab, il s’avere que meme le bazar est triste, apathique, vide de denrees (il est meme difficile d’y trouver de l’eau), et plein de gens desoeuvres (le taux de chomage frise les 100%). Difficile de le comparer a ceux des autres villes tant ils ont tendance a grouiller de vie et d’energie.

Difficile de croire, ici a Osh, alors que nous sommes de retour en ville, dans un endroit qui evoque une abondance inimaginable de l’autre cote de la frontiere, que Murgab ait pu il y a quelques jours representer pour nous le camp de base, la ville ou nous venions nous ressourcer entre deux balades dans le Pamir, entre deux sejours au vert, dans les yourtes de haute altitude plantees par les eleveurs locaux sur leurs paturages d’ete.

Bien a vous,

Matthieu

Wakhan

Sunday, July 16th, 2006

Osh, Kirghizstan. Devant nous, la route sur plusieurs centaines de kilometres sinueux et poussiereux. A gauche, les hautes et arides montagnes tadjikes. A droite, de l’autre cote de la riviere (mais a quelques dizaines de metres seulement), l’Afghanistan. Nous sommes dans la vallee de Wakhan.

Le paysage est superbe. Les montagnes sont certes steriles, mais parsemees de petites rivieres qui tortuent entre les cailloux. Des moutons et des chevres parcourent les vagues paturages en quete d’un peu d’herbe. Et, tous les quelques kilometres, un improbable village deploie ses allures de bout du monde pour les rares voitures qui passent.

Les conditions de vie des habitants (et des visiteurs) sont basiques. Pas d’eau courante, pas d’electricite, pas de telephone, juste des murs et un toit, histoire de se proteger de la poussiere et de la chaleur. Sans nul doute, histoire aussi de se proteger de l’hiver qui doit etre rude.

La poussiere est partout, a chaque sursaut de la voiture elle se souleve et recouvre tous les recoins, elle penetre partout, elle asseche tout. La chaleur est impitoyable apres 10h du matin, meme en altitude.

Mais la route est superbe. Les montagnes culminent a plus de 6000 metres, le ciel est bleu, les froides rivieres qui descendent directement des sommets se pretent meme parfois a la baignade, et sont meme parfois accompagnees d’une source chaude a proximite, et les restes de chateaux le long de la route nous saluent regulierement, en nous rappelant qu’a une epoque, cette route etait la seule, donc forcement la meilleure, pour aller de la plaine au plateau du Pamir.

De l’autre cote de la riviere-frontiere, l’Afghanistan n’en finit pas de nous intriguer. On y apercoit un pays qui semble differer en tout point du Tadjikistan: habillement des gens, qualite des infrastructures, absence de route, etc, meme la faune est differente (nous y avons entre autres apercu un troupeau de chameaux en liberte). Mais a y regarder de plus pres, a vrai dire, la vie ne doit pas etre radicalement plus dure de ce cote-la de la riviere. Et une sorte de fascination s’installe, tant le pays semble soudain accessible, plus si lointain, au fond comme si nous l’avions apprivoise.

Comme si, au fond, la frontiere n’avait que peu de signification reelle devant la durete de la vie locale, qu’on soit d’un cote ou de l’autre.

Bien a vous,

Matthieu

A bout de souffle

Sunday, July 16th, 2006

Osh, Kirghizstan - Osh, deuxieme ville du Kirghizstan, a environ 200 km de la frontiere tadjiko-kirghize. Nous y sommes arrives hier, a bout de souffle apres notre traversee de la chaine de montagnes du Pamir.

Depuis notre depart de Suisse, c’est au Tadjikistan que nous avons pour la premiere fois rencontre des conditions de vie aussi dures. Nous avons loge chez l’habitant et decouvert les aspects pratiques de la vie dans la region du Pamir. Pas d’eau courante - il faut donc reperer le point d’eau le plus proche pour faire ses ablutions. Inutile de penser a une douche. Ce sera au mieux un seau d’eau tiede ou la riviere la plus proche. Souvent, pas d’electricite non plus - des lampes a petrole nous apportent encore quelques lueurs avant qu’on ne se couche peu apres la tombee de la nuit. Pour les toilettes, il faut traverser le jardin jusqu’a une petite hutte ou un ou plusieurs trous ont ete amenages. La nourriture est elle aussi des plus simple. Le plat le plus courant est une soupe avec des morceaux de gras de mouton, un peu de viande (qu’il faut souvent macher pendant de longues minutes avant de ne pouvoir l’avaler) et quelques pommes de terre. Parfois, il n’y a que ca, pendant deux jours. Si nous avions de la chance, il y avait du bortch (qui presente l’avantage d’inclure du chou) ou des pates (sans sauce, evidemment). Au petit dejeuner, semoule ou riz au lait. Et du pain, element central du regime tadjik.

Si la vie du touriste au Tadjikistan est, pour l’estomac, proche de la vie de l’ascete, il n’en est rien pour les yeux. Ce desert montagneux de haute altitude nous a epoustoufles. Des montagnes imposantes, ocres, dont le sommet est parfois recouvert de neige. Des rivieres qui se fraient un chemin, partout. Et pourtant, outre quelques vallees, tout est aride, malgre l’eau en abondance. Un trajet qui nous a laisse a bout de souffle, mais rempli d’emotions fortes.

Amities

Ingrid

Des plus hautes, des plus belles

Monday, July 3rd, 2006

Dushanbe, Tadjikistan. Un aspect parfois agacant du “Guide du Routard”, c’est leur habitude de comparer un endroit donne a un endroit similaire en France. Genre: “c’est un peu comme a Paris, mais en plus petit”; ou “on se croirait en Provence, sauf que c’est en Asie”; ou encore “en bref, c’est une sorte de boeuf bourguignon aux epices locales”. Bon, d’accord, c’est pas si grave, hein, c’est juste parfois un peu agacant, et de toute facon, nous n’avions plus la place de prendre aussi le Guide du Routard.

Cela dit, si un jour je me mets a ecrire des guides de voyage, que j’appellerais “Le Guide du Petit Armailli Voyageur” (GPAV), ou peut-etre “Lointains Alpages”, et que je decide de moi aussi faire des comparaisons avec la maison, je pourrai ecrire le premier volume sur la region du lac Iskander Kul, au Tadjikistan: c’est comme le canton de Fribourg, mais un peu different. Il y a un lac (comme le Lac Noir, mais sans le teleski du Kaiseregg), des montagnes (comme le Moleson, mais en un peu plus hautes), et une cabane meteo (comme le gite d’Allieres, mais sans fondue). Bon, bien sur, ca sonne un peu ecule.

Donc le lac Iskander Kul, c’est simplement magnifique. Il est bleu turquoise, au fond d’une cuvette, et entoure de montagnes ocre. Une magnifique riviere en sort pour descendre toute une vallee vers la route principale qui va du nord du Tadjikistan a Dushanbe. Le paysage est sauvage a souhait, il n’y a personne, pas de maisons (sauf la datcha du President lui-meme, ce qui montre que dans ce pays aussi, ca vaut le coup d’etre le President), et pas de trafic, rien, juste la magnifique nature.

Comme il faut bien y dormir, il y a quand meme un ancien camp de vacances sovietique (aussi redoutable que le nom le laisse imaginer), quelques araignees dromadaire (enfin, nous n’en avons pas vu, mais il parait qu’il y en avait), et la riviere glaciale pour se laver. Et franchement, apres des semaines de desert et de temperatures en consequence, eh bien c’etait formidable de s’asperger d’eau qui descendait directement d’un glacier. Foi d’armailli gruerien.

En partant du lac, nous avons suivi la “route principale” pour Dushanbe (en fait une piste cahoteuse), 6 heures pour 150 km, un col a 3000 et quelques metres, et des vues a couper le souffle, surtout lorsque le chauffeur s’approche vraiment pres du bord de la route, sans glissiere et avec la falaise en dessous. Demain nous mettons les voiles pour le Pamir, ses pics a plus de 7000 metres et ses vallees partagees avec l’Afghanistan. Ca a l’air magnifique, bien recule, et tres impressionnant.

En bon futur redacteur du GPAV, je regarderai bien sur de pres si on y apercoit des vaches noires et blanches.

Bien a vous,

Matthieu