Archive for the ‘Kirghizstan’ Category

Fin de chapitre

Wednesday, August 9th, 2006

Naryn, Kirghizstan. Nous voila a Naryn, une ville sans charme aux confins du Kirghizstan, pres de la frontiere chinoise. Pas grand chose a dire sur le coin lui-meme, d’ailleurs nous nous y sommes a peine poses. Donc, pour clore nos trois mois en Asie centrale (nous passons, insh’Allah, la frontiere vendredi), je vous propose une liste parfaitement subjective des “10 trucs les plus …” de notre sejour.

Bien a vous,

Matthieu

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Les 10 trucs les plus chouettes en Asie centrale

1. La gentillesse des locaux (Turkmenes au Turkmenistan, Ouzbeks en Ouzbekistan, etc). Rien a dire, nous avons toujours ete bien recus, voire invites avec force gesticulations a prendre le the, un peu de pain, un repas, bref, vraiment nous avons ete bien accueillis.

2. Le fait qu’on puisse lever le bras au bord de la route, et instantanement chaque voiture se transforme en taxi. Un excellent moyen de se deplacer et de rencontrer des locaux.

3. Le pain local. Juste formidable. Et magnifiquement accompagne de the vert.

4. Les paysages, leur diversite, et leur accessibilite. Pays magnifiques, montagnes a couper le souffle, paysages de carte postale, et tout est la, pour etre admire.

5. La vieille ville de Bukhara. Simplement magnifique, pleine d’atmosphere, pleine de recoins a explorer, chargee d’histoire, un coin fantastique.

6. Un bon plat de plov. Un bon shashlyk. Un bon laghman. Bref, la cuisine locale. Juste pas trois fois le meme jour.

7. L’elegance des femmes turkmenes, dans leur longues robes de feutre. Et toutes les couleurs qui vont avec, foulards, etc, qui changent apres le monde en noir et blanc des mollahs iraniens. Et probablement aussi dans l’absolu.

8. La vie relax et sans chichis a Bishkek, la plus sympathique des capitales d’Asie centrale.

9. Un bain dans le magnifique lac Issyk Kul, juste a la bonne temperature, tout clair et transparent, entoure de belles montagnes.

10. Les paturages d’altitude du Tadjikistan, pour un retour a une vie simple, ou tout est regle par le rythme du soleil.

 

Les 10 trucs les plus nuls en Asie centrale

1. Les receptionnistes/employes/serveurs-euses russes qui font la tete. Ca c’est incomprehensible. A chaque guichet/poste/banque/restaurant, la personne en charge du *service au client* fait la tete. Pas moyen de demander un sourire (ca n’est d’ailleurs jamais propose sur le menu…). Et tout ca, en servant en plus trois ou quatre clients en meme temps.

2. Les gens qui n’en font qu’a leur tete, en particulier les chauffeurs de taxi. Donc en bref, aucun chauffeur de taxi ne connait (dans sa propre ville) le restaurant x, l’hotel y, ou la rue z. Un client lui demande de l’y amener, il pretend connaitre, et ensuite on se perd, il faut chercher, personne ne sait, et finalement le chauffeur de taxi s’enerve et menace de deposer les clients juste la (ca nous est arrive hier). Impossible pour le chauffeur de taxi d’ecouter les directions donnees par les gens qu’il interroge et qui pretendent aussi savoir ou est le restaurant x, l’hotel y, ou la rue z, impossible pour lui de regarder un plan de *sa ville* pourtant gentiment prete par le client, et impossible pour lui d’aller la ou le client (qui lit le plan) lui dit d’aller. Le chauffeur va la ou il a l’habitude d’aller.

3. Les gens qui renegocient systematiquement un accord. Agacant. On se met d’accord sur un prix pour un service donne, on y va, et a la fin le fournisseur dudit service veut renegocier. La palme sur ce coup-la va au chauffeur de taxi longue distance qui a voulu nous deposer a 20km de l’arrivee pour le prix negocie pour toute la distance.

4. Le gras de mouton partout. Cache sous un habit d’oignon, deguise en chou-fleur, il y en a partout. Partout.

5. Les ivrognes imbibes de vodka a 10h du matin, qui veulent vraiment nous parler et qui sont convaincus que nous sommes freres.

6. Les menus qui comportent une quarantaine de plats, et quand on commande, on realise qu’en fait il n’y a que du borchtch. Et le tout sans aucun sourire.

7. La derniere mode super-classe des jeunes Russes d’Asie centrale, qui ne laisse rien a l’imagination, et montre tout ce qu’on ne voudrait pas voir.

8. La passivite de certaines personnes: quand un client pose une question a laquelle on n’a pas de reponse, il n’est pas necessaire de chercher la reponse. Il suffit de hausser les epaules et de dire, en soupirant, “je ne sais pas”. Le client n’est qu’une nuisance dont il faut se debarrasser au plus vite. Et le tout sans sourire.

9. Les check-points avec des policiers corrompus.

10. La bureaucratie omnipresente, super compliquee et incomprehensible. Meme les locaux s’y perdent.

Reveils insolites

Monday, July 31st, 2006

Tamchy, Kirghizstan - Notre voyage est ponctue de reveils insolites, sorte de piment qui l’epice au gre des cultures rencontrees. En Turquie, c’est le chant du muezzin qui a l’aube nous reveillait quelques instants, avant que nous ne retrouvions le sommeil. Certains d’entre vous se rappelleront peut-etre aussi de mon recit de ces ecoliers qui, a 7h00 du matin, scandaient des versets du Coran d’une voix forte sous les fenetres de notre hotel de Teheran. Dans un genre moins spirituel, une receptionniste au Turkmenistan n’avait pas hesite a nous reveiller au petit matin pour nous demander de payer la chambre, alors que nous devions rester encore deux nuits dans cet hotel. Pour sa comptabilite, disait-elle. Eh bien, hier matin, nous avons vecu un nouveau reveil insolite.

Notre logeur de Tamchy nous avait demande de dormir une nuit dans la yourte qui est dans son jardin, car il attendait un groupe de dix touristes francais qui avait reserve depuis longtemps. Dormir dans une yourte est une experience pleine d’atmosphere. Mais il faut se rappeler qu’au niveau bruit, une yourte n’isole que peu de son environnement. Parfois, cela renforce encore l’ambiance, comme quand a Jalang au Tadjikistan on entendait les yaks souffler et grogner depuis l’interieur de notre yourte. Mais, hier matin a Tamchy, on aurait prefere ne pas etre a ce point immerges dans notre environnement…

Deux hommes se sont en effet installes peu apres le lever du soleil (etait-il meme 6h00?) sur un banc a quelques metres de notre yourte. Ils menaient une discussion qui semblait animee. Soudain, le mobile de l’un d’eux commence a sonner. Il passera en revue toutes les sonneries de son appareil en les discutant avec son ami. Parfois, entre deux sonneries, on entendait un raclement de gorge, suivit d’un crachat. Rien de particulier en ce pays, ou il est frequent de voir des gens cracher par terre. Mais, pour se reveiller, on a entendu plus harmonieux.

Amities

Ingrid

Des patates et du lard

Monday, July 31st, 2006

Tamchy, Kirghizstan. L’humour de Goscinny a baigne une facette de mon enfance, celle qui lisait des BD. Asterix, Lucky Luke, et quelques autres sont a peu pres tout ce que j’ai lu en termes de BD. Monodimensionnel? Peut-etre, mais celles que j’ai lues, je les ai vraiment beaucoup lues. Donc je me souviens de certains passages assez clairement. Celui qui me vient a l’esprit ces jours, c’est le refrain de “La diligence” (Lucky Luke), ou les pauvres passagers de la malheureuse diligence de la Wells Fargo mangent tous les soirs “des patates et du lard”, a l’exception de la fois ou deux passagers trichent et preparent du boeuf et des haricots pour que les autres perdent leur pari. Lors du banquet final, d’ailleurs, les patates et le lard sont servis aux hotes sous diverses formes (supreme a la Wells Fargo sur lit de patates lardees; bombe surprise (mais… il y a des patates et du lard dans cette bombe surprise?!?); etc).

Bon, eh bien je n’ai jamais mesure la tristesse de la vie gastronomique de ces pauvres passagers jusqu’a ce voyage. Oh, bien sur, notre vie ici est en general bien moins dangereuse, et certainement plus interessante et rigolote que la leur, mais il est au moins un point sur lequel je me sens tres proches de ces gens: la variete de la nourriture. Si Goscinny avait ecrit “La diligence en Asie Centrale”, le menu a repetition aurait ete “du gras de mouton et du pain”.

Donc ici, juste comme dans Lucky Luke, le menu a repetition vient sous plusieurs formes: samosas a la viande (mais… il y a du chou-fleur dans ce samosa?!? Ah, non, c’est du gras de mouton); soupe (non, les morceaux blancs qui flottent ne sont *pas* de l’oignon); brochettes (un morceau de mouton, un morceau de gras de mouton, un morceau de mouton…); plov (une sorte de risotto local) au mouton (cuit dans son gras); meme les desserts sentent le gras de mouton. J’ai songe a devenir vegetarien.

Quand je pense qu’a l’epoque, en lisant “La diligence”, j’avais eu l’egarement de trouver ca rigolo…

Bien a vous,

Matthieu

Vacances balneaires

Saturday, July 29th, 2006

Tamchy, Kirghizstan - Issyk-kul: le deuxieme plus grand lac de montagnes de notre planete bleue, apres le lac Titicaca. A 1600m d’altitude, borde de hautes montagnes dont les sommets sont recouvert de neige sur sa rive sud et de montagnes plus modestes au nord, il s’etend sur 170 km.

Nous sommes arrives sur ses rives jeudi apres-midi. A Tamchy, une petite bourgade sans chichis, nous avons trouve une chambre chez l’habitant, au bord de la plage, a quelques pas de l’eau. Et c’est la que nos vacances balneaires ont commence. Baignades, petites balades sur la plage et… voile! Ben oui, on allait pas rater une telle occasion.

Le club de voile est a Cholpon-Ata, a 40 minutes de minibus de Tamchy. Cholpon-Ata, c’est un peu le Cannes local: plages bondees, petites echoppes qui vendent des nus-pieds et des parasols, du monde partout, des files de voitures, bref, on etait bien contents d’avoir elu domicile a Tamchy.

Ce matin, donc, nous filons vers le Kruiz Yacht Club de Cholpon-Ata: un nom bien ampoule pour le cabanon qui sert de clubhouse, les trois bateaux en assez mauvais etat et les deux redoutables babushkas qui gerent le tout. Mais c’est bien un club de voile, et vu le nombre restreint de bateaux qu’on a vu glisser sur le Issyk-kul, un sourire illuminait nos visages.

Quelques minutes plus tard, nous embarquons sur notre leste de 7 metres en compagnie de Sacha, le capitaine - on a reussi a eviter que le mousse n’embarque avec nous, mais le capitaine c’etait obligatoire. Nous hissons la plus petite grand voile que je n’aie jamais vue sur un bateau de cette taille et le mouchoir de poche qui faisait office de foc. Une petite brise generee par un vent thermique remplit rapidement nos voiles. Sacha s’en va roupiller a l’avant de la cabine. Nous voila partis tirer des bords au large de Cholpon-Ata. Deux heures de bonheur pur!

Amities.

Ingrid

Mise en garde

Friday, July 28th, 2006

Tamchy, Kirghizstan. Pour ceux qui aiment faire ajouter dans leur passeport des tampons-et-autres-autocollants-rigolos, l’Asie centrale evoque ce qu’evoquait pour moi la visite de la chocolaterie Villars, organisee par le passeport-vacances de mon enfance: on ne s’arrete que lorsque c’est trop tard et que l’ecoeurement guette.

A ce jour, et apres quatre pays (et encore, celui-ci on n’en est pas encore sortis…), c’est un total de sept pages de notre passeport qui sont occupees par des visas, tampons d’enregistrement a la police, etc. Si un jour j’ai des petits-enfants, je ne manquerai pas de les bassiner avec mes histoires lors des soirees de famille, en leur brandissant mon passeport, et en commencant immanquablement mon recit par “lorsque votre Grand-Mere et moi etions en voyage de noces…”. De leur cote, ils leveront les yeux au ciel, soupireront a l’idee d’entendre une x-ieme fois Grand-Pere-qui-perd-un-peu-la-boule leur parler du “TresLoinLaBas-istan”, et ils m’ecouteront une fois de plus parler des procedures pour obtenir les visas, lettres d’invitation, enregistrement a la police locale, enregistrement dans le pays, souligner la mention qui s’applique.

Je vais vous epargner tout ce discours, car je dois encore le polir un peu sur les 50 prochaines annees, pour le rendre vraiment terrible afin que mes petits-enfants soient tenus en haleine. Mais je vais juste partager avec vous une anecdote qui date du prolongement de notre visa kirghize (l’autocollant est du meilleur effet, orange clair et bleu pastel, il est vraiment tres joli).

Donc au bureau indique, nous avons tendu notre passeport en demandant une prolongation. Nous avons recu la suggestion de revenir en fin de journee, on nous a demande 10 dollars, et donne un papier bleu. Je me suis dit: “encore un formulaire a remplir”, tant il est vrai que des fois j’ai l’impression que le genie du papier-carbone ne s’est pas penche sur les bureaux de la police des visas en Asie centrale. Eh bien pas du tout, c’etait un papier du gouvernement, tres joli d’ailleurs, bleu clair assorti avec la couleur du visa, qui detaille la marche a suivre si on perd son passeport au Kirghizstan, ou si on est arrete et controle par la police. C’est ce dernier paragraphe qui est interessant.

A la moindre suspicion que les policiers abusent de leur pouvoir, demandez-leur leur identite, grade, et lieu de travail, et informez immediatement votre ambassade, et le Ministere de l’Interieur a Bishkek“. Voila qui a le merite d’etre clair.

On touche ici a un probleme permanent en Asie centrale (et en particulier au Kirghizstan, un pays par ailleurs sympathique et tres agreable de simplicite pour les voyageurs): la corruption aux check-points. Je trouve particulierement parlant que les propres chefs des policiers emettent des directives sur comment se comporter si leurs subordonnes “abusent de leur pouvoir” (un euphemisme pour “s’ils demandent un bakchich”). Et force est de constater qu’a *chaque* check-point, il faut payer, pour des raisons diverses (toutes vecues), comme par exemple lorsque ”votre voiture est sale”; “il fait si chaud aujourd’hui et j’ai soif, alors que vous avez de l’eau”; “votre voiture transporte des etrangers qui sont tous riches”; “vous venez de Suisse, ah, oui, bien sur, le pays des banques”; etc. Chaque fois, sans exception.

Ah, si, il y a tout de meme une exception: on ne paie rien du tout si on demande a voir la carte de police des agents avant qu’ils ne nous aient meme demande notre passeport. Comme quoi eux aussi ont lu le papier bleu publie par leur employeur…

Bien a vous,

Matthieu

Marketing

Friday, July 21st, 2006

Bishkek, Kirghizstan. La scene se passe un jeudi midi, a Dushtashkek, la capitale de la desormais independante ex-republique sovietique d’Asie Centrale d’Ouztadjizstan. Sur la terrasse d’un cafe, deux touristes occidentaux se sont assis, et dialoguent avec le serveur.

Les touristes (LT): Quels jus de fruits avez-vous?

Le serveur (LS): Peche, cerise, ananas et pomme.

LT: Nous prendrons un litre de jus de peche, s’il vous plait.

Le serveur s’eloigne. Un instant s’ecoule. Le serveur revient, l’air contrit.

LS : Nous n’avons plus de jus de peche.

LT: Alors nous prendrons un litre de jus d’ananas, s’il vous plait.

LS: Il ne nous reste plus que du jus de cerise et de pomme.

LT: Le jus de pommes est-il frais?

LS: Je vous recommande le jus de cerise, d’ailleurs c’est le seul qu’il nous reste.

LT: Alors un litre de jus de cerise, s’il vous plait.

Le serveur s’eloigne, et revient avec un litre de jus de peche.

Ca sonne comme un gag? Bon, eh bien c’est du vecu. Du tout frais (hier matin), et du tout vrai. Alors bien sur, ca arrive aussi en Suisse qu’un serveur soit parfois mal reveille, ou pas tout a fait au clair sur ce qu’il y a dans le frigo. Mais ces jours, nous avons parfois l’impression que ce genre de scene croise notre chemin au quotidien. Entre les hotels (”Comment ca, vous voulez une chambre? Vous etes touristes? Dans ce cas, il n’y a pas de chambre ici.”), les restaurants (”Ecoutez, c’est une drole d’idee que vous avez de vous preoccuper de lire les 37 plats indiques sur notre menu, de toute facon il n’y a que du borchtch”), les chauffeurs de taxi (”Vous avez beau m’indiquer ou vous voulez aller, et me dire que c’est a droite ici, je vais aller tout de meme tout droit, car je prefere vous amener la ou j’en ai envie”), les banques (”Vous voulez du cash en monnaie locale en echange de vos dollars? Oh revenez demain, aujourd’hui il n’y a pas de cash ici, d’ailleurs nous fermons le bureau (a 10h25, par exemple)”), etc.

Et detrompez-vous, je n’exagere pas, tout ce qui est ecrit plus haut est correct. C’est a se demander parfois si ce genre de qualite etait necessaire pour survivre lorsque ces diverses republiques (au demeurant fort seduisantes par bien des aspects) etaient occupees par qui-vous-savez.

Enfin, voila, donc, c’etait pour partager avec vous ces petits moments parfois frustrants. Bon, et je confesse, c’est vrai, *presque* tout ce qui est ecrit plus haut est correct: la capitale de la Republique d’Ouztadjizstan n’est pas Dushtashkek, mais Ashgabishkent.

Bien a vous,

Matthieu