Erzurum, Turquie. Bon, nous voila a Erzurum, derniere grande ville avant la frontiere iranienne. Nous sommes partis il y a quelques jours de Göreme, en Cappadoce, et avons donc quitte ses fameuses maisons creusees dans les rochers, ses villes souterraines, et ses touristes pour un coin pas mal plus recule dans l’est de la Turquie. Nous avons traverse cette region un peu plus vite que precedemment, et avons parcouru environ la moitie du pays, via Sivas (un regal), Divrigi (un petit village charmant), et tout l’est du plateau anatolien. Immense, vide, et impressionnant. Une sorte de grand desert d’altitude vaguement clairseme de quelques maisons ici et la et de dizaines de moutons. Joli? Pas vraiment, sauf au debut du trajet entre Divrigi et Erzurum, ou la ligne de chemin de fer suit la gorge de l’Euphrate, magnifiquement escarpee.
Donc exit la Cappadoce. Nous y avons visite les etranges maisons creusees dans les rochers en forme de pain de sucre et une cite souterraine. L’ensemble est plus que bizarre de l’exterieur (on se croirait arrives sur la Lune), et presque oppressant de l’interieur (8 etages sous terre, tout seul, decidement je n’etais pas fait pour devenir mineur…).
Bien sur, quand on visite un endroit caillouteux et montagneux, il est crucial d’avoir de bonnes chaussures, et de les entretenir. Ainsi donc, lorsque de retour de la cite souterraine, j’ai aperçu un petit decollement de ma semelle, j’ai immediatement cherche un moyen de faire reparer cela. Mes chaussures sont a la pointe de la technologie moderne, Gore-Tex, melange de cuir et de synthetique, thermoformee a chaud et collees en une seule piece, bref, des merveilles d’etancheite respirante, legeres, solides et tout et tout.
Donc je les ai amenees chez un cordonnier. Normal. Bon, en l’occurrence le cordonnier n’etait plus tout jeune. Il a commence par nous regarder avec suspicion, et une pointe d’hostilite, qui ne s’est pas arrangee lorsque je lui demande si je pouvais faire une photo de lui. Ah, la photo, mauvaise question, ça, exclu. Bon, eh bien du moment qu’il me reparait ma chaussure…
Donc il s’est mis au travail, grosse colle (j’approuve!) dans le baillement de la semelle, pression juste la, ou ça commence, excellent, et ensuite… il a sorti une enorme alene et une grosse aiguille avec du gros fil et il a commence a trouer et coudre. Bien sur, bien sur, c’est la meilleure methode sur des chaussures en cuir deja cousues a la base, et forcement apres la couture, ça tient bien fort, mais bon, sur les chaussures en Gore-Tex qui doivent etre *etanches*, ça marche moins bien. Bon, j’ai en vain essaye de le lui expliquer avec des phrases tres complexes (il ne parlait pas anglais) genre “non, s’il vous plait, pluie, eau, non, pluie et non eau”, mais sans succes, evidemment.
Alors je l’ai laisse faire (c’etait de toute façon trop tard) et a la fin je lui ai demande de noyer la couture dans la colle, histoire que les 12 trous soient au moins etancheifies… Argh, re-mauvaise question. Il aurait probablement mieux valu que je lui demande si par hasard je pouvais lui acheter tout son atelier et payer en chevres, voire si une de ses filles etait disponible pour epouser un copain a moi - reste au pays - qui a un historique de depecer ses compagnes, mais alors douter de sa couture… Bon, a force d’insister il a quand meme obtempere, et maintenant j’ai une toute nouvelle chaussure, collee a chaud, thermoformee, etc, et cousue.
Je vais contacter le fabricant en rentrant pour leur faire part de cette innovation…
Bien a vous,
Matthieu