Archive for July, 2006

Reveils insolites

Monday, July 31st, 2006

Tamchy, Kirghizstan - Notre voyage est ponctue de reveils insolites, sorte de piment qui l’epice au gre des cultures rencontrees. En Turquie, c’est le chant du muezzin qui a l’aube nous reveillait quelques instants, avant que nous ne retrouvions le sommeil. Certains d’entre vous se rappelleront peut-etre aussi de mon recit de ces ecoliers qui, a 7h00 du matin, scandaient des versets du Coran d’une voix forte sous les fenetres de notre hotel de Teheran. Dans un genre moins spirituel, une receptionniste au Turkmenistan n’avait pas hesite a nous reveiller au petit matin pour nous demander de payer la chambre, alors que nous devions rester encore deux nuits dans cet hotel. Pour sa comptabilite, disait-elle. Eh bien, hier matin, nous avons vecu un nouveau reveil insolite.

Notre logeur de Tamchy nous avait demande de dormir une nuit dans la yourte qui est dans son jardin, car il attendait un groupe de dix touristes francais qui avait reserve depuis longtemps. Dormir dans une yourte est une experience pleine d’atmosphere. Mais il faut se rappeler qu’au niveau bruit, une yourte n’isole que peu de son environnement. Parfois, cela renforce encore l’ambiance, comme quand a Jalang au Tadjikistan on entendait les yaks souffler et grogner depuis l’interieur de notre yourte. Mais, hier matin a Tamchy, on aurait prefere ne pas etre a ce point immerges dans notre environnement…

Deux hommes se sont en effet installes peu apres le lever du soleil (etait-il meme 6h00?) sur un banc a quelques metres de notre yourte. Ils menaient une discussion qui semblait animee. Soudain, le mobile de l’un d’eux commence a sonner. Il passera en revue toutes les sonneries de son appareil en les discutant avec son ami. Parfois, entre deux sonneries, on entendait un raclement de gorge, suivit d’un crachat. Rien de particulier en ce pays, ou il est frequent de voir des gens cracher par terre. Mais, pour se reveiller, on a entendu plus harmonieux.

Amities

Ingrid

Des patates et du lard

Monday, July 31st, 2006

Tamchy, Kirghizstan. L’humour de Goscinny a baigne une facette de mon enfance, celle qui lisait des BD. Asterix, Lucky Luke, et quelques autres sont a peu pres tout ce que j’ai lu en termes de BD. Monodimensionnel? Peut-etre, mais celles que j’ai lues, je les ai vraiment beaucoup lues. Donc je me souviens de certains passages assez clairement. Celui qui me vient a l’esprit ces jours, c’est le refrain de “La diligence” (Lucky Luke), ou les pauvres passagers de la malheureuse diligence de la Wells Fargo mangent tous les soirs “des patates et du lard”, a l’exception de la fois ou deux passagers trichent et preparent du boeuf et des haricots pour que les autres perdent leur pari. Lors du banquet final, d’ailleurs, les patates et le lard sont servis aux hotes sous diverses formes (supreme a la Wells Fargo sur lit de patates lardees; bombe surprise (mais… il y a des patates et du lard dans cette bombe surprise?!?); etc).

Bon, eh bien je n’ai jamais mesure la tristesse de la vie gastronomique de ces pauvres passagers jusqu’a ce voyage. Oh, bien sur, notre vie ici est en general bien moins dangereuse, et certainement plus interessante et rigolote que la leur, mais il est au moins un point sur lequel je me sens tres proches de ces gens: la variete de la nourriture. Si Goscinny avait ecrit “La diligence en Asie Centrale”, le menu a repetition aurait ete “du gras de mouton et du pain”.

Donc ici, juste comme dans Lucky Luke, le menu a repetition vient sous plusieurs formes: samosas a la viande (mais… il y a du chou-fleur dans ce samosa?!? Ah, non, c’est du gras de mouton); soupe (non, les morceaux blancs qui flottent ne sont *pas* de l’oignon); brochettes (un morceau de mouton, un morceau de gras de mouton, un morceau de mouton…); plov (une sorte de risotto local) au mouton (cuit dans son gras); meme les desserts sentent le gras de mouton. J’ai songe a devenir vegetarien.

Quand je pense qu’a l’epoque, en lisant “La diligence”, j’avais eu l’egarement de trouver ca rigolo…

Bien a vous,

Matthieu

Vacances balneaires

Saturday, July 29th, 2006

Tamchy, Kirghizstan - Issyk-kul: le deuxieme plus grand lac de montagnes de notre planete bleue, apres le lac Titicaca. A 1600m d’altitude, borde de hautes montagnes dont les sommets sont recouvert de neige sur sa rive sud et de montagnes plus modestes au nord, il s’etend sur 170 km.

Nous sommes arrives sur ses rives jeudi apres-midi. A Tamchy, une petite bourgade sans chichis, nous avons trouve une chambre chez l’habitant, au bord de la plage, a quelques pas de l’eau. Et c’est la que nos vacances balneaires ont commence. Baignades, petites balades sur la plage et… voile! Ben oui, on allait pas rater une telle occasion.

Le club de voile est a Cholpon-Ata, a 40 minutes de minibus de Tamchy. Cholpon-Ata, c’est un peu le Cannes local: plages bondees, petites echoppes qui vendent des nus-pieds et des parasols, du monde partout, des files de voitures, bref, on etait bien contents d’avoir elu domicile a Tamchy.

Ce matin, donc, nous filons vers le Kruiz Yacht Club de Cholpon-Ata: un nom bien ampoule pour le cabanon qui sert de clubhouse, les trois bateaux en assez mauvais etat et les deux redoutables babushkas qui gerent le tout. Mais c’est bien un club de voile, et vu le nombre restreint de bateaux qu’on a vu glisser sur le Issyk-kul, un sourire illuminait nos visages.

Quelques minutes plus tard, nous embarquons sur notre leste de 7 metres en compagnie de Sacha, le capitaine - on a reussi a eviter que le mousse n’embarque avec nous, mais le capitaine c’etait obligatoire. Nous hissons la plus petite grand voile que je n’aie jamais vue sur un bateau de cette taille et le mouchoir de poche qui faisait office de foc. Une petite brise generee par un vent thermique remplit rapidement nos voiles. Sacha s’en va roupiller a l’avant de la cabine. Nous voila partis tirer des bords au large de Cholpon-Ata. Deux heures de bonheur pur!

Amities.

Ingrid

Mise en garde

Friday, July 28th, 2006

Tamchy, Kirghizstan. Pour ceux qui aiment faire ajouter dans leur passeport des tampons-et-autres-autocollants-rigolos, l’Asie centrale evoque ce qu’evoquait pour moi la visite de la chocolaterie Villars, organisee par le passeport-vacances de mon enfance: on ne s’arrete que lorsque c’est trop tard et que l’ecoeurement guette.

A ce jour, et apres quatre pays (et encore, celui-ci on n’en est pas encore sortis…), c’est un total de sept pages de notre passeport qui sont occupees par des visas, tampons d’enregistrement a la police, etc. Si un jour j’ai des petits-enfants, je ne manquerai pas de les bassiner avec mes histoires lors des soirees de famille, en leur brandissant mon passeport, et en commencant immanquablement mon recit par “lorsque votre Grand-Mere et moi etions en voyage de noces…”. De leur cote, ils leveront les yeux au ciel, soupireront a l’idee d’entendre une x-ieme fois Grand-Pere-qui-perd-un-peu-la-boule leur parler du “TresLoinLaBas-istan”, et ils m’ecouteront une fois de plus parler des procedures pour obtenir les visas, lettres d’invitation, enregistrement a la police locale, enregistrement dans le pays, souligner la mention qui s’applique.

Je vais vous epargner tout ce discours, car je dois encore le polir un peu sur les 50 prochaines annees, pour le rendre vraiment terrible afin que mes petits-enfants soient tenus en haleine. Mais je vais juste partager avec vous une anecdote qui date du prolongement de notre visa kirghize (l’autocollant est du meilleur effet, orange clair et bleu pastel, il est vraiment tres joli).

Donc au bureau indique, nous avons tendu notre passeport en demandant une prolongation. Nous avons recu la suggestion de revenir en fin de journee, on nous a demande 10 dollars, et donne un papier bleu. Je me suis dit: “encore un formulaire a remplir”, tant il est vrai que des fois j’ai l’impression que le genie du papier-carbone ne s’est pas penche sur les bureaux de la police des visas en Asie centrale. Eh bien pas du tout, c’etait un papier du gouvernement, tres joli d’ailleurs, bleu clair assorti avec la couleur du visa, qui detaille la marche a suivre si on perd son passeport au Kirghizstan, ou si on est arrete et controle par la police. C’est ce dernier paragraphe qui est interessant.

A la moindre suspicion que les policiers abusent de leur pouvoir, demandez-leur leur identite, grade, et lieu de travail, et informez immediatement votre ambassade, et le Ministere de l’Interieur a Bishkek“. Voila qui a le merite d’etre clair.

On touche ici a un probleme permanent en Asie centrale (et en particulier au Kirghizstan, un pays par ailleurs sympathique et tres agreable de simplicite pour les voyageurs): la corruption aux check-points. Je trouve particulierement parlant que les propres chefs des policiers emettent des directives sur comment se comporter si leurs subordonnes “abusent de leur pouvoir” (un euphemisme pour “s’ils demandent un bakchich”). Et force est de constater qu’a *chaque* check-point, il faut payer, pour des raisons diverses (toutes vecues), comme par exemple lorsque ”votre voiture est sale”; “il fait si chaud aujourd’hui et j’ai soif, alors que vous avez de l’eau”; “votre voiture transporte des etrangers qui sont tous riches”; “vous venez de Suisse, ah, oui, bien sur, le pays des banques”; etc. Chaque fois, sans exception.

Ah, si, il y a tout de meme une exception: on ne paie rien du tout si on demande a voir la carte de police des agents avant qu’ils ne nous aient meme demande notre passeport. Comme quoi eux aussi ont lu le papier bleu publie par leur employeur…

Bien a vous,

Matthieu

Marketing

Friday, July 21st, 2006

Bishkek, Kirghizstan. La scene se passe un jeudi midi, a Dushtashkek, la capitale de la desormais independante ex-republique sovietique d’Asie Centrale d’Ouztadjizstan. Sur la terrasse d’un cafe, deux touristes occidentaux se sont assis, et dialoguent avec le serveur.

Les touristes (LT): Quels jus de fruits avez-vous?

Le serveur (LS): Peche, cerise, ananas et pomme.

LT: Nous prendrons un litre de jus de peche, s’il vous plait.

Le serveur s’eloigne. Un instant s’ecoule. Le serveur revient, l’air contrit.

LS : Nous n’avons plus de jus de peche.

LT: Alors nous prendrons un litre de jus d’ananas, s’il vous plait.

LS: Il ne nous reste plus que du jus de cerise et de pomme.

LT: Le jus de pommes est-il frais?

LS: Je vous recommande le jus de cerise, d’ailleurs c’est le seul qu’il nous reste.

LT: Alors un litre de jus de cerise, s’il vous plait.

Le serveur s’eloigne, et revient avec un litre de jus de peche.

Ca sonne comme un gag? Bon, eh bien c’est du vecu. Du tout frais (hier matin), et du tout vrai. Alors bien sur, ca arrive aussi en Suisse qu’un serveur soit parfois mal reveille, ou pas tout a fait au clair sur ce qu’il y a dans le frigo. Mais ces jours, nous avons parfois l’impression que ce genre de scene croise notre chemin au quotidien. Entre les hotels (”Comment ca, vous voulez une chambre? Vous etes touristes? Dans ce cas, il n’y a pas de chambre ici.”), les restaurants (”Ecoutez, c’est une drole d’idee que vous avez de vous preoccuper de lire les 37 plats indiques sur notre menu, de toute facon il n’y a que du borchtch”), les chauffeurs de taxi (”Vous avez beau m’indiquer ou vous voulez aller, et me dire que c’est a droite ici, je vais aller tout de meme tout droit, car je prefere vous amener la ou j’en ai envie”), les banques (”Vous voulez du cash en monnaie locale en echange de vos dollars? Oh revenez demain, aujourd’hui il n’y a pas de cash ici, d’ailleurs nous fermons le bureau (a 10h25, par exemple)”), etc.

Et detrompez-vous, je n’exagere pas, tout ce qui est ecrit plus haut est correct. C’est a se demander parfois si ce genre de qualite etait necessaire pour survivre lorsque ces diverses republiques (au demeurant fort seduisantes par bien des aspects) etaient occupees par qui-vous-savez.

Enfin, voila, donc, c’etait pour partager avec vous ces petits moments parfois frustrants. Bon, et je confesse, c’est vrai, *presque* tout ce qui est ecrit plus haut est correct: la capitale de la Republique d’Ouztadjizstan n’est pas Dushtashkek, mais Ashgabishkent.

Bien a vous,

Matthieu

Une nuit dans une yourte

Sunday, July 16th, 2006

Osh, Kirghizstan - Ce matin-la, nous avions quitte Murgab, une petite ville de 7500 habitants en plein Pamir, a 3600m d’altitude. Notre jeep russe est pleine a craquer avec ses quatre passagers - nous voyageons avec Celine et Jerome, un couple de Neuchatelois tres sympas - nos sacs et nos reserves d’eau.

Nous quittons rapidement la fameuse route du Pamir pour nous engager sur une piste qui s’enfonce dans les montagnes. La route est mauvaise. Nous serons secoues pendant des heures avant d’enfin atteindre le hameau de yourtes de Jalang, au fond d’une vallee verdoyante, a 4300m d’altitude.

Plusieurs femmes nous accueillent et nous proposent de prendre le the dans la yourte dans laquelle nous passerons la nuit. L’une d’elle etend une nappe par terre et romp du pain qu’elle pose devant nous. Elle dispose aussi des bols de creme, de yoghurt et de sucre sur la nappe. Nous recevons une coupe de the vert. La chaleur du poele qui est au centre de la yourte nous rechauffe. Les bouses de yacks sechees qui brulent dans le poele degagent une odeur acre.

Nous sortons pour profiter des dernieres lueurs du soleil. C’est l’heure de la traite des yacks. Plusieurs femmes, jeunes et moins jeunes, s’affairent autour des betes. Quelques petits tetent. Les yacks passeront la nuit a proximite du hameau avant d’etre ramenes aux paturages au petit matin.

Apres une soupe aux nouilles, notre hote prepare nos lits. Plusieurs couches de duvets sont etendus par terre. Ils serviront de matelas et de couvertures. Nous eteignons la lampe a petrole, et rejoignons les bras de Morphee pour quelques heures de sommeil bien meritees.

Au reveil, le soleil est deja haut dans le ciel. Les yacks sont repartis dans les paturages avec les hommes. Non loin de notre yourte, quelques femmes sont reunies autour d’un feu sur lequel est pose un enorme chaudron. Elles preparent du fromage. Nous nous impregnons de cette vie simple.
Amities
Ingrid

Murgab

Sunday, July 16th, 2006

Osh, Kirghizstan. A trois jours de route de Dushanbe par la route principale, le double si on traverse la vallee de Wakhan, bienvenue a Murgab. La vallee est somptueuse, verte malgre l’altitude (3600 m), et le village est presque accueillant, malgre l’atmosphere de fin du monde qui s’en degage. Peut-etre parce qu’il contraste avec le desert qui l’entoure. La deuxieme ville de la region autonome du Gorno-Badakhshan (GBAO) s’etend mollement entre les hauts sommets du Pamir avoisinant. Les maisons sont basses, peintes en blanc, et souvent couvertes de poussiere (seule la rue principale est goudronnee). Et tout le village ou presque, disparait lorsque tombe la nuit, puisqu’il n’y a pas d’electricite. Seuls de rares privilegies ont une generatrice, mais encore faut-il avoir de l’essence pour la remplir…

Pourtant, apres une promenade au “centre” de Murgab, il s’avere que meme le bazar est triste, apathique, vide de denrees (il est meme difficile d’y trouver de l’eau), et plein de gens desoeuvres (le taux de chomage frise les 100%). Difficile de le comparer a ceux des autres villes tant ils ont tendance a grouiller de vie et d’energie.

Difficile de croire, ici a Osh, alors que nous sommes de retour en ville, dans un endroit qui evoque une abondance inimaginable de l’autre cote de la frontiere, que Murgab ait pu il y a quelques jours representer pour nous le camp de base, la ville ou nous venions nous ressourcer entre deux balades dans le Pamir, entre deux sejours au vert, dans les yourtes de haute altitude plantees par les eleveurs locaux sur leurs paturages d’ete.

Bien a vous,

Matthieu

Wakhan

Sunday, July 16th, 2006

Osh, Kirghizstan. Devant nous, la route sur plusieurs centaines de kilometres sinueux et poussiereux. A gauche, les hautes et arides montagnes tadjikes. A droite, de l’autre cote de la riviere (mais a quelques dizaines de metres seulement), l’Afghanistan. Nous sommes dans la vallee de Wakhan.

Le paysage est superbe. Les montagnes sont certes steriles, mais parsemees de petites rivieres qui tortuent entre les cailloux. Des moutons et des chevres parcourent les vagues paturages en quete d’un peu d’herbe. Et, tous les quelques kilometres, un improbable village deploie ses allures de bout du monde pour les rares voitures qui passent.

Les conditions de vie des habitants (et des visiteurs) sont basiques. Pas d’eau courante, pas d’electricite, pas de telephone, juste des murs et un toit, histoire de se proteger de la poussiere et de la chaleur. Sans nul doute, histoire aussi de se proteger de l’hiver qui doit etre rude.

La poussiere est partout, a chaque sursaut de la voiture elle se souleve et recouvre tous les recoins, elle penetre partout, elle asseche tout. La chaleur est impitoyable apres 10h du matin, meme en altitude.

Mais la route est superbe. Les montagnes culminent a plus de 6000 metres, le ciel est bleu, les froides rivieres qui descendent directement des sommets se pretent meme parfois a la baignade, et sont meme parfois accompagnees d’une source chaude a proximite, et les restes de chateaux le long de la route nous saluent regulierement, en nous rappelant qu’a une epoque, cette route etait la seule, donc forcement la meilleure, pour aller de la plaine au plateau du Pamir.

De l’autre cote de la riviere-frontiere, l’Afghanistan n’en finit pas de nous intriguer. On y apercoit un pays qui semble differer en tout point du Tadjikistan: habillement des gens, qualite des infrastructures, absence de route, etc, meme la faune est differente (nous y avons entre autres apercu un troupeau de chameaux en liberte). Mais a y regarder de plus pres, a vrai dire, la vie ne doit pas etre radicalement plus dure de ce cote-la de la riviere. Et une sorte de fascination s’installe, tant le pays semble soudain accessible, plus si lointain, au fond comme si nous l’avions apprivoise.

Comme si, au fond, la frontiere n’avait que peu de signification reelle devant la durete de la vie locale, qu’on soit d’un cote ou de l’autre.

Bien a vous,

Matthieu

A bout de souffle

Sunday, July 16th, 2006

Osh, Kirghizstan - Osh, deuxieme ville du Kirghizstan, a environ 200 km de la frontiere tadjiko-kirghize. Nous y sommes arrives hier, a bout de souffle apres notre traversee de la chaine de montagnes du Pamir.

Depuis notre depart de Suisse, c’est au Tadjikistan que nous avons pour la premiere fois rencontre des conditions de vie aussi dures. Nous avons loge chez l’habitant et decouvert les aspects pratiques de la vie dans la region du Pamir. Pas d’eau courante - il faut donc reperer le point d’eau le plus proche pour faire ses ablutions. Inutile de penser a une douche. Ce sera au mieux un seau d’eau tiede ou la riviere la plus proche. Souvent, pas d’electricite non plus - des lampes a petrole nous apportent encore quelques lueurs avant qu’on ne se couche peu apres la tombee de la nuit. Pour les toilettes, il faut traverser le jardin jusqu’a une petite hutte ou un ou plusieurs trous ont ete amenages. La nourriture est elle aussi des plus simple. Le plat le plus courant est une soupe avec des morceaux de gras de mouton, un peu de viande (qu’il faut souvent macher pendant de longues minutes avant de ne pouvoir l’avaler) et quelques pommes de terre. Parfois, il n’y a que ca, pendant deux jours. Si nous avions de la chance, il y avait du bortch (qui presente l’avantage d’inclure du chou) ou des pates (sans sauce, evidemment). Au petit dejeuner, semoule ou riz au lait. Et du pain, element central du regime tadjik.

Si la vie du touriste au Tadjikistan est, pour l’estomac, proche de la vie de l’ascete, il n’en est rien pour les yeux. Ce desert montagneux de haute altitude nous a epoustoufles. Des montagnes imposantes, ocres, dont le sommet est parfois recouvert de neige. Des rivieres qui se fraient un chemin, partout. Et pourtant, outre quelques vallees, tout est aride, malgre l’eau en abondance. Un trajet qui nous a laisse a bout de souffle, mais rempli d’emotions fortes.

Amities

Ingrid

Des plus hautes, des plus belles

Monday, July 3rd, 2006

Dushanbe, Tadjikistan. Un aspect parfois agacant du “Guide du Routard”, c’est leur habitude de comparer un endroit donne a un endroit similaire en France. Genre: “c’est un peu comme a Paris, mais en plus petit”; ou “on se croirait en Provence, sauf que c’est en Asie”; ou encore “en bref, c’est une sorte de boeuf bourguignon aux epices locales”. Bon, d’accord, c’est pas si grave, hein, c’est juste parfois un peu agacant, et de toute facon, nous n’avions plus la place de prendre aussi le Guide du Routard.

Cela dit, si un jour je me mets a ecrire des guides de voyage, que j’appellerais “Le Guide du Petit Armailli Voyageur” (GPAV), ou peut-etre “Lointains Alpages”, et que je decide de moi aussi faire des comparaisons avec la maison, je pourrai ecrire le premier volume sur la region du lac Iskander Kul, au Tadjikistan: c’est comme le canton de Fribourg, mais un peu different. Il y a un lac (comme le Lac Noir, mais sans le teleski du Kaiseregg), des montagnes (comme le Moleson, mais en un peu plus hautes), et une cabane meteo (comme le gite d’Allieres, mais sans fondue). Bon, bien sur, ca sonne un peu ecule.

Donc le lac Iskander Kul, c’est simplement magnifique. Il est bleu turquoise, au fond d’une cuvette, et entoure de montagnes ocre. Une magnifique riviere en sort pour descendre toute une vallee vers la route principale qui va du nord du Tadjikistan a Dushanbe. Le paysage est sauvage a souhait, il n’y a personne, pas de maisons (sauf la datcha du President lui-meme, ce qui montre que dans ce pays aussi, ca vaut le coup d’etre le President), et pas de trafic, rien, juste la magnifique nature.

Comme il faut bien y dormir, il y a quand meme un ancien camp de vacances sovietique (aussi redoutable que le nom le laisse imaginer), quelques araignees dromadaire (enfin, nous n’en avons pas vu, mais il parait qu’il y en avait), et la riviere glaciale pour se laver. Et franchement, apres des semaines de desert et de temperatures en consequence, eh bien c’etait formidable de s’asperger d’eau qui descendait directement d’un glacier. Foi d’armailli gruerien.

En partant du lac, nous avons suivi la “route principale” pour Dushanbe (en fait une piste cahoteuse), 6 heures pour 150 km, un col a 3000 et quelques metres, et des vues a couper le souffle, surtout lorsque le chauffeur s’approche vraiment pres du bord de la route, sans glissiere et avec la falaise en dessous. Demain nous mettons les voiles pour le Pamir, ses pics a plus de 7000 metres et ses vallees partagees avec l’Afghanistan. Ca a l’air magnifique, bien recule, et tres impressionnant.

En bon futur redacteur du GPAV, je regarderai bien sur de pres si on y apercoit des vaches noires et blanches.

Bien a vous,

Matthieu