Archive for September, 2006

Calligraphie chinoise

Monday, September 25th, 2006

Yangshuo, Chine - Je suis assise sur un tabouret au milieu de l’echoppe de Yang Dong Bao, un jeune artiste de Yangshuo. Devant moi, une feuille de papier brun cadrillee de lignes rouges, quelques pinceaux, un bol rempli d’eau et une soucoupe avec de l’encre de Chine. Je prends ma premiere lecon de calligraphie.

Je regarde mon professeur comme il m’a propose de le faire - en chinois l’ideogramme pour apprendre est le meme que celui pour imiter. Il trace une ligne horizontale dans la premiere case: le chiffre 1 en chinois. Au premier abord, une simple ligne. Et pourtant, pour la dessiner, il convient de faire une sorte de s horizontal. Cela parait trivial. Je me lance et realise vite que meme de tracer une belle ligne horizontale requiert probablement des heures d’exercice. Je m’entraine sur plusieurs carres. Petit a petit un calme s’installe en moi. Je ne pense plus qu’a la ligne que je veux tracer. Un vide m’envahit, bienfaisant.

Mon professeur poursuit avec le chiffre 2, puis 3 et ainsi jusqu’a dix. C’est de cette maniere qu’on acquiert dans ce pays les bases de la calligraphie. Il me parle aussi un peu de lui. Il partage son temps entre la pratique du tai-chi le matin, et la peinture l’apres-midi. Il m’explique que les artistes ont souvent une longue vie, en raison du calme qui les habite pendant qu’ils peignent.

Apres avoir trace plusieurs fois le chiffre 10, mon professeur me propose de me lancer dans des ideogrammes. Nous ecrirons ‘bonheur’, puis ‘possible’, comme pour rester baignes dans cette ambiance de serenite. Une famille chinoise entre dans l’echoppe. Un homme d’une soixantaine d’annees se penche sur nos oeuvres puis me scrute. Il dit quelque chose a Yang Dong Bao. Ce dernier me le traduit: il faut se tenir droit, dit-il. Mon professeur acquiesce et m’explique avec un sourire bienveillant que c’est aussi en raison d’une bonne tenue que les artistes vivent longtemps.

Mes deux heures de cours touchent a leur fin. J’ecris maintenant mon prenom. Quatre ideogrammes dont notamment celui qui parait dans Angleterre (pour le Ing) et un autre qui comporte le signe se rapportant a la vache. Je souris. Deux heures qui m’ont fait decouvrir les profondeurs de cet art de la calligraphie developpe depuis des millenaires en Chine.

Amities.

Ingrid

Jeu culinaire

Sunday, September 17th, 2006

Kunming, Chine - Nous sommes immerges dans les ideogrammes, comme deux particules de plancton dans l’ocean. C’est vrai que ce n’est pas la premiere fois que nous faisons l’experience d’un autre alphabet pendant notre voyage. Mais les ideogrammes, c’est une autre paire de manches que l’alphabet cyrillique.

Intriguee par ces assemblages de traits, j’ai demande a Matthieu de m’en apprendre les plus simples. Mon epoux n’est pas Agnan (je m’etais pose la question…), mais il connait quand meme environ 450 ideogrammes japonais et bon nombre d’entre eux sont similaires aux ideogrammes chinois. Et c’est ainsi que l’ecriture prend petit a petit vie lors de nos deambulations. J’en reconnais un par ci, un par la. Pas de quoi lire des mots complets bien sur, mais cela me donne quelques indices qui me font rever sur le sens de l’inscription.

Comme vous vous en seriez peut-etre doutes, je me suis rapidement penchee sur les ideogrammes relatifs a la nourriture. Nouilles, riz, tofu, boeuf, poulet font maintenant partie de mon minuscule vocabulaire. C’est utile au restaurant car il n’y a souvent ni menu en anglais, ni photos, et il n’est en pratique que rare qu’on puisse montrer du doigt ce qu’on souhaiterait.

Alors voila, on commence par reperer la section du menu souhaitee, p. ex boeuf. A noter que plus on descend vers le sud du pays, plus cela devient crucial de bien reperer la section voulue; les specialites type sauterelles frites ou chenilles a la vapeur sont en effet de plus en plus frequentes. On choisit ensuite au hasard un plat dans ladite section. C’est alors que le suspense commence. Aurons-nous du boeuf au cinq epices, du boeuf specialite du chef ou du boeuf au poivrons verts? Reponse quelques minutes plus tard lorsque le plat nous est servi. Un jeu qui amuse aussi nos estomacs puisqu’ainsi nous evitons de toujours manger la meme chose.

Bon, j’en reste la, car au fait de cuisine chinoise, que nous degustons d’ailleurs avec delice, nous nous appretons a faire un tour au Mc Donald de la ville - le premier rencontre depuis Istanbul. Figurez-vous qu’apres 6 mois sans hamburgers McDo et loin de toutes nourritures europeennes sauf quelques rares exceptions, c’est une perspective qui nous rejouit!

Amities.

Ingrid

Yunnan

Sunday, September 17th, 2006

Kunming, Chine. Le gros avantage de voyager en bus, c’est qu’on a tout loisir de regarder le paysage. Le gros avantage de faire ca a travers la province du Yunnan, c’est que le paysage est tres joli. Le dernier des gros avantages, c’est qu’entre les bouts de paysage tres joli, il y a des villes/villages charmants.

Nous sommes arrives depuis le Tibet a Zhongdian, dont les brochures touristiques disent que c’est un peu “le Tibet pour qui n’aurait pas le temps d’y aller”. Mouais, je suis pas convaincu. Par contre, la vieille ville de Zhongdian est charmante, un peu touristique bien sur, mais charmante, accessible, et tres agreable pour flaner. En plus, arrives depuis le Tibet et ses hauts plateaux arides, Zhongdian est un peu tout le contraire, en tout cas en ce qui concerne l’aridite (ca reste a 3200m d’altitude). C’est meme enormement le contraire, car il a du y pleuvoir en 48h ce qu’il pleut a Lhasa en 480 jours… Et en plus, on y trouve un Bibimpap du tonnerre (sorte de potee coreenne bien chaude et un peu epicee, qui rechauffe depuis l’interieur), propre a ensoleiller une journee pluvieuse a Zhongdian, ou meme un jour d’hiver a Geneve, donc c’est dire.

Un peu plus au sud, nous avons parcouru la Gorge du Saut du Tigre, vraiment une tres belle gorge, et une tres agreable balade a flanc de coteau (et parfois a flanc de montagne). Tres joli, et vraiment pittoresque, meme sous les averses occasionnelles.

Ensuite, nous sommes alles a Lijiang. Tres touristique, mais sans aucun doute un des villages les plus charmants qu’il nous ait ete donne de voir depuis le debut de notre voyage. La vieille ville a ete renovee avec soin, et est maintenant classee au Patrimoine Mondial de l’Humanite de l’UNESCO. Elle a garde tout le charme de ce que devait etre une ville traditionnelle chinoise au siecle passe. Magnifique. Un endroit dont nous ne nous sommes pas lasses, meme sous la pluie, et qui franchement vaut un long detour. Ce d’autant plus qu’il y a un excellent restaurant sur place qui fait du tres bon Bibimpap. Le hic peut-etre, c’est que le restaurant est plein de rats, donc il faut mettre les pieds en altitude pour manger en paix. Et comme les rats ont peur du flash de mon appareil-photo, on pourrait conclure que le resto sert du chou marine et du rat mine.

La prochaine etape nous a menes a Dali. La region est tres jolie car c’est tout pres d’un grand lac et au pied d’une chaine de montagnes. Nous avons vu le lac (tres beau), mais pas le sommet des montagnes (il pleuvait). Le village lui-meme est d’un interet limite, tant sa renovation s’est faite au detriment de son ame. Pas moyen d’y retrouver le charme de Lijiang. Par contre, nous y avons mange un bon Bibimpap.

Et pour finir, nous voila a Kunming, une ville de toute evidence fort sympathique. Capitale du Yunnan, on la decrit comme une des plus agreables de Chine, et je n’ai pas de peine a le croire. L’endroit est en effet apparemment charmant. Par contre, nous n’y avons pas encore trouve de Bibimpap, et il pleut.

Pour conclure, je dirais que la province du Yunnan est bel et bien une province charmante, et tres agreable a visiter. En plus les distances entre les points sont (relativement) courtes, donc tout peut se faire assez agreablement - voir les avantages plus haut.

Le desavantage? La pluie, bien sur…

Bien a vous,

Matthieu

Un trajet en bus

Sunday, September 10th, 2006

Lijiang, Chine - Apres notre fabuleuse balade dans la Gorge du Saut du Tigre, nous decidons de rejoindre la ville de Lijang. Nous remettons nos gros sacs sur le dos et prenons la route. Cette fois, pas d’attente, un bus est sur le point de partir. La conductrice nous fait signe de laisser nos sacs dans le couloir, entre les deux rangees de sieges. Nous trouvons deux places etroites dans lesquelles nous nous calons.

A peine avons-nous demarre que la conductrice fait quelques annonces. Elle doit avoir de l’humour, car un vent d’hilarite souffle sur  la quinzaine de passagers locaux. Ces derniers commencent a discuter entre eux. Un homme a l’avant entonne un chant d’une belle voix de tenor. Il est accueilli par des applaudissements enthousiastes. Un peu plus loin, la conductrice s’arrete pour prendre une nouvelle passagere. A peine celle-ci est-elle en haut des marches qu’un homme d’une cinquantaine d’annee lui adresse la parole. Une question, un commentaire? Aucune idee, mais en tout cas, fou rire general dans le car. Notre chanteur se lance dans une deuxieme chanson. Certains reprennent le refrain en choeur. Plus loin, un passager sort un morceau de fromage et en offre a tout le monde, y compris a nous - nous faisons maintenant partie du groupe. Soudain, la conductrice s’arrete. Sur le bas-cote de la route, une femme marquee par le temps, coiffee d’une casquette bleue, vend des kilos de champignons. Elle en passe un plein panier a la passagere assise sur le siege du co-pilote. Celle-ci les sent avant de les passer a la conductrice qui visiblement est en train de faire son marche. Plusieurs autres pasagers s’interessent aux champignons. Des discussions animees sont entamees.

Nous nous remettons en route. Un trajet de deux heures pendant lequel regnera une humeur bon enfant. Un trajet de bus comme les autres, en Chine.

Amities.

Ingrid

2 jours de marche dans la Gorge du Saut du Tigre

Sunday, September 10th, 2006

Lijiang, Chine - C’etait vendredi matin. Nous nous sommes reveilles dans une petite auberge de Qiaotou, un bourg a l’entree de la Gorge du Saut du Tigre.  Une pluie fine tombait. La poisse! Nous avions prevu de nous mettre en route des l’aube pour la longue journee de marche qui nous attendait.

En milieu de matinee, le temps semble se lever. Nous laissons nos gros sacs a l’Auberge et partons avec le strict necessaire. Le sentier commence immediatement a grimper. Lentement, nous nous elevons au-dessus de la Gorge. La vue sur le fleuve Yangzi qui se faufile entre les parois abruptes est a couper le souffle. C’est un mur de presque 3900m qui s’eleve entre le fleuve et le sommet des montagnes.

Bientot, la pluie recommence a tomber. Nous croisons une premiere auberge apres presque deux heures et decidons de nous mettre a l’abri un moment. Une courte halte avant de reprendre le sentier qui s’eleve de plus en plus. Un homme avec son cheval nous propose de sauter en selle pour les fameux 24 virages dont nous ont parle plusieurs voyageurs en nous promettant une montee ardue de 2 ou 3 heures. Nous renoncons, stoiques, avec pour ma part le trac qui me nargue.

A mon grand etonnement, nous atteignons le sommet apres une heure et demie a peine. Nous avons gravi les 800m de denivellation comme portes par des coussins d’air. Il semble que notre long sejour au Tibet, a des altitudes elevees, nous ait apporte une energie et un souffle que je n’avais encore jamais vecus auparavant. La balade se poursuit avec toujours cette vue imprenable. Parfois nous traversons une foret de pins, parfois une foret de bambous. Nous redescendons, traversant des chutes d’eau, continuant le long de notre sentier sinueux.  Nous avalons les kilometres.

Vers la fin de la journee, mes jambes se font lourdes. Nous croisons une auberge mais renoncons a nous y attarder. Je sens qu’il serait difficile de repartir. Il ne devrait plus rester qu’une heure de marche avant l’Auberge qui nous a ete recommandee. Nous y arrivons, fourbus mais heureux et emerveilles par la beaute du paysage qui nous a accompagnes.

Le lendemain, nous reprenons notre chemin. Le sentier est par endroit vertigineux. Nous descendons petit a petit au fond de la Gorge. Apres quelques heures a peine, nous avons rejoint le fameux endroit ou le Tigre a, selon la legende, traverse le fleuve. Des remous petrissent l’eau brune. Nous restons un long moment a admirer la force de la nature.

Un camion nous emmenera vers Qiaotou, la tete pleine de ce paysage immense.

Amities.

Ingrid

 

Le saut du tigre

Sunday, September 10th, 2006

Il y a longtemps, tres longtemps de cela, la riviere Jinsha (un affluent du Yangzi) meandrait paresseusement a travers la province du Yunnan. Ses eaux cristallines baignaient paisiblement les plantations de the en terrasses, et son cours n’etait perturbe que par le vol des oiseaux au petit matin. Sur sa rive droite vivait un tigre, nomme Tigrou. Il vivait heureux dans une petite hutte de bambou, entre ses reserves de Nescafe et les pentes des montagnes avoisinantes. Son seul regret etait la profonde solitude qui l’accompagnait.

Un beau matin, Tigrou se reveilla et vit, sur la rive gauche de la riviere, une tigresse plus belle qu’il n’avait jamais reve. Elle slurpait une soupe aux nouilles avec un apparent bonheur, a peine perturbe par ses soupirs incessants: “ah, que cette soupe aux nouilles est bonne - mais si seulement j’avais un compagnon pour la partager”. L’esprit de la riviere entendit cette complainte et tomba eperdument amoureux de la tigresse (son nom etait Tigrette, mais tout le monde l’appelait Gregrette depuis son plus jeune age).

Tigrou n’ecouta alors que son courage, et, il faut le dire, le battement de son coeur, et decida sans plus attendre de sauter sur l’autre berge pour declarer sa flamme a Gregrette. L’esprit de la riviere ne l’entendit pas de cette oreille, et au moment ou Tigrou s’elancait, il bouillonna furieusement dans l’espoir de perturber son rival. Il ne parvint qu’a effleurer ses pattes et, contrit, il abandonna sa quete de seduire Gregrette. Depuis ce jour cependant, la riviere Jinsha bouillonne de rapides et a la couleur fauve de Tigrou.

Tigrou et Tigrette, de leur cote, se plurent immediatement, vecurent heureux pendant de longues annees (aux dernieres nouvelles, ils ont ouvert un guesthouse le long de la gorge), et mangerent souvent ensemble l’excellente soupe aux nouilles de Gregrette.

Legende rapportee par Tsel Weh-Gar, pseudo-ecrivain sans envergure de l’epoque de la dynastie Xia (2200-1700 av JC)

Lijiang, Chine. De nos jours, la gorge du saut du tigre est encore parsemee de guesthouses. Le paysage est magnifique, la riviere tumultueuse a souhait, et le sentier vertigineux. Ingrid et moi avons eu un plaisir immense a parcourir ce chemin.

Bien a vous,

Matthieu

Petit guide des boissons bizarres

Wednesday, September 6th, 2006

Zhongdian, Chine. Nous sommes bien arrives a Zhongdian, au Sud des Nuages, pour decouvrir cette region de la Chine qu’on nous assure magnifique. En tout cas tout le paysage est tres vert et tres fertile, normal, il pleut souvent par ici, et ces derniers jours ne font pas exception. Peut-etre parce que nous sommes au nord de la province, et que donc, si on est au nord du sud des nuages, ca doit plus ou moins vouloir dire qu’on est sous les nuages. Au moins nous ne risquons pas les coups de soleil…

L’autre avantage de cette province, c’est qu’on y produit de l’excellent the, et nous pouvons donc nous regaler. C’est magnifique, et ca nous change: pour la premiere fois depuis debut mars, la boisson nationale n’est pas une boisson bizarre. Petit tour d’horizon.

En partant, nous nous disions que nous pourrions decouvrir les changements de culture a travers les changements marginaux entre chaque pays: les visages, les coutumes, les habits, la nourriture, etc. Nous avions neglige les changements de boissons, et en avons donc pris pour notre gra…, je veux dire, appris enormement en termes de cultures locales.

Tout a commence par l’ayran turc. Ca ressemble a un yoghourt liquide, ca rafraichit, et franchement c’est assez bon. Ca accompagne meme tres bien les plats un peu epices, ou la viande d’agneau marinee. Bon, il ne faut pas en abuser non plus, car ca pese un peu sur l’estomac apres quelques verres, mais on en redemande. Plus difficile, mais encore ok, voila le dough iranien. C’est une sorte de melange de fromage de chevre, de lait, de grains de ble, et d’eau gazeuse. Pas litteralement, bien sur, mais au gout. D’aspect, ca semble inoffensif, et ca ressemble aussi a un yoghourt liquide. On ne choisit pas d’en boire, mais si on en recoit un verre, on peut sans autre le boire.

En Asie centrale, ca se corse. C’est le royaume des divers laits (jument, chamelle, chevre) fermentes, et ca ne dit rien qui vaille. Surprenamment, le plus tolerable (c’est presque bon) est le lait de chamelle fermente turkmene. C’est un peu gazeux, ca rafraichit dans le desert, c’est assez leger et digeste, bref, ca se laisse boire. Pas des litres bien sur, mais quelques verres, ca passe.

Ensuite il y a le kymys kirghize. Le fameux lait de jument fermente. La ca devient sport. Ca a vraiment un drole de gout. Un peu comme si on prenait un melange de lait et d’eau gazeuse, qu’on lavait soigneusement une jument avec, et qu’on le buvait ensuite. Ah, pas genial, ca, vraiment. Un bol ca va, deux bols, non merci. Et le pire, c’est qu’il y en a des versions (qu’on nous a soigneusement epargnees) alcoolisees, j’ose pas imaginer.

Mais finalement, fin du fin, dans une categorie speciale, la en haut, lui tout seul (ou eventuellement avec le kymys brillant deuxieme), il y a le the sale au beurre de yack tibetain. Ca ressemble a une soupe couverte d’une petite mousse (un croisement entre l’aspect d’une soupe et l’aspect d’une biere, donc), c’est tiedasse, bien sale, ca a un gout de beurre rance qui colle, avec toute l’odeur douceatre des paturages d’altitude, et la, apres deux gorgees, on se dit juste qu’on ne va pas pouvoir. Il parait que c’est pire encore quand ca refroidit, mais je ne veux pas savoir.

Et donc, finalement, vive la pluie, si elle permet de faire pousser du bon the du Yunnan…

Bien a vous,

Matthieu

Le monastere de Phuntsoling

Sunday, September 3rd, 2006

Lhasa, Tibet - C’est apres deux heures de piste que nous avons atteint le monastere de Phuntsoling. Depuis la route, nous avions apercu quelques paysans qui fauchaient les pres a la faux. Et c’est tout - Phuntsoling n’est pas sur les circuits touristiques.

Une petite pluie fine enveloppe le monastere. Nous entrons prudemment dans l’enceinte de celui-ci. Apres quelques batiments dans lesquels logent les moines, nous tombons sur la cour centrale. Deux moines drapes dans de belles etoffes bordeaux nous accueillent chaleureusement. Ils nous proposent de boire le the dans leur cuisine.

Les moines nous emmenent dans une grande piece carree. Au centre, legerement sureleve, un enorme fourneau occupe une bonne partie de la piece. L’un des moines s’empresse de rajouter du bois. La fine lumiere qui traverse depuis le toit et quelques bougies au beurre de yak nous permettent de distinguer d’enormes casseroles qui tronent sur le fourneau. Aux murs, toutes sortes d’ustensiles sont suspendus. Nous recevons du the au lait de yak - pas mauvais mais avec un petit arriere-gout de ferme. A peine prenons-nous une gorgee que notre tasse est de nouveau remplie.

Nous avons de la peine a nous extraire de cette ambiance paisible. Mais il faut bientot reprendre la route, et nous demandons aux deux moines d’encore visiter la salle principale du monastere. Nous les suivons dans la cour principale, puis montons quelques marches. La porte est ouverte. Une quinzaine de moines de tous les ages (le plus jeune ne doit pas avoir 10 ans) sont assis en tailleur sur des banquettes. Devant eux sont poses des feuillets rectangulaires sur lesquels sont inscrits les textes fondateurs du Bouddhisme. Chaque moine psalmodie le texte qu’il lit, a son rythme.

Enfin, nous parvenons a nous extraire de cette quietude. Il est temps: la route jusqu’a Lhatse sera encore longue.

Amities.
Ingrid

Tibetologie gastrique (ou: tibetologique gastrite)

Sunday, September 3rd, 2006

Lhasa, Tibet. Personne ne vient au Tibet pour la gastronomie. On vient pour le Potala (incroyablement beau, meme si l’interieur est un peu mort); ou pour les monasteres (souvent pleins de charme et d’atmosphere); ou encore pour le camp de base de l’Everest (vraiment impressionnant). Mais pour la gastronomie, on s’adapte et on se debrouille.

Par exemple, il y a la soupe aux nouilles. Une sorte de “tout en un” bien pratique, on rajoute de l’eau chaude, on attend dix minutes, et hop, ca remplit, c’est chaud, et on connait le gout d’avance. Ou le Nescafe “trois en un”, on rajoute de l’eau chaude, on remue, et hop, c’est liquide, c’est chaud et c’est sucre, magnifique, et on connait meme le gout d’avance, meme si ca n’a pas vraiment le gout du cafe, mais qu’importe.

Donc Ingrid et moi nous sommes bien acclimates, a l’altitude et a la nourriture. Pour l’altitude, pas de probleme, il suffit d’attendre, nous avons passe quelques jours a Lhasa et sommes ensuite montes tranquillement. Pour la nourriture aussi, pas de souci, a Lhasa nous avons essaye de varier le regime, et en dehors, il y a les soupes aux nouilles et le Nescafe, voir plus haut.

Sauf que bien sur, l’eau du robinet bout a une plus basse temperature en altitude, et que meme bouillie deux fois, parfois il doit rester des bestioles dedans. Ah, mauvaise idee, ca, le Nescafe a l’eau du robinet… Tres mauvaise idee. C’est ainsi que la semaine passee, une balade qui sonnait vraiment bien (Gyantse et son incroyable monastere; le monastere de Phuntsoling, perdu dans les montagnes; le camp de base de Sa Majeste l’Everest; le superbe lac Namtso), a tourne au bras de fer entre mon estomac et moi.

Au depart de Gyantse, ca a commence comme une sorte de vague malaise, une pression sourde qui ne partait pas. Comme je lisais le guide en voiture, je me suis dit, j’arrete et ca va passer. J’ai arrete et ca n’a pas passe. Ca a meme empire, et mon estomac a ensuite commence a manifester son profond desaccord avec ce que j’avais mange et bu. Charmant. On peut dire que j’ai ete malade comme un Mastiff (le chien local).

Pour ne rien arranger, les moines de Phuntsoling nous ont offert du the au lait de yack (que j’ai eu la presence d’esprit de refuser), et rien que l’odeur a redonne de la vigueur a mon estomac. De la vigueur pour se facher, bien sur. Je vous passe les details (y compris ceux de la fois ou un gars a trouve malin de me taper sur l’epaule pour me demander des sous *pendant* que je negociais avec mon estomac).

Bon, 8 jours plus tard (dont deux au fond du lit), ca va mieux. La bonne nouvelle, c’est que comme je ne peux toujours pas manger normalement, je perds enfin ces kilos superflus qui m’ont empeche de faire une carriere internationale comme mannequin pour des calecons de bain. Je contacte Speedo de ce pas.

Et sinon, ben il me reste les monasteres a visiter…

Bien a vous,

Matthieu