Archive for October, 2006

Les couleurs de Rishiri

Monday, October 30th, 2006

Sapporo, Japon. Le vent souffle, a Kutsugata, une ile du Pacifique dans laquelle il fait tres froid. Je releve le col de ma veste en plumes, je mets un bonnet. Nous sommes venus jusqu’ici pour nous mettre au vert, fin octobre, 43 degres de latitude nord, 6 degres centigrade, force 8 Beaufort.

Rishiri, c’est gris. Le ciel, gris clair, la mer demontee, gris fonce, a peine eclaircie par les moutons blancs qui decorent le sommet des vagues.

Rishiri, c’est bleu. Les jours de calme, le ciel est bleu paisible, la mer est bleu fonce, l’air, lui est pur et clair comme un torrent de montagne, dont la fraicheur mord presque, mais qui vivifie, qui reveille.

Rishiri, c’est noir, aussi, les plages de sable volcanique, le “Mont Fuji” local, qui domine de sa presence tout l’horizon de l’ile.

Rishiri, finalement, c’est multicolore. Les arbres qui vont du vert des epines de sapin au brun des feuilles mortes, en passant par les diverses nuances de rouge, de jaune, de blanc comme l’ecorce des bouleaux, les fruits de mer orange vif, les algues vert fonce, le radis blanc et vert qui seche devant les maisons.

Il est temps que je rentre dans notre chaleureuse pension.

Bien a vous,

Matthieu

4 jours a Rishiri

Monday, October 30th, 2006

Sapporo, Japon - Lorsque nous sommes arrives sur le sol japonais il y a un plus d’une semaine, nous n’avions qu’une envie: nous mettre au vert. Longuement, nous avons consulte notre guide. Notre devolu s’est jete sur la petite ile de Rishiri a quelques kilometres du point le plus au nord du Japon.

Apres 6 heures de route et deux heures de ferry, nous atteignons enfin Rishiri. Nous frappons a la porte de la pension de Kutsugata, l’un des villages de l’ile, dans laquelle nous avions reserve. Une petite dame un peu courbee nous accueille avec un large sourire. Nous nous dechaussons comme il est d’usage au Japon et montons a l’etage de la maison. Mme Yanagiya, notre logeuse, nous montre notre chambre. Le sol de celle-ci est recouvert de 8 tatamis. Dans un coin, un radiateur est a notre disposition pour chauffer la piece, car meme s’il fait froid dehors (nous avons ressorti les doudounes), les Japonais preferent chauffer a la demande. Mme Yanagiya nous informe qu’elle a prepare le bain - une grande cuve dans laquelle on se trempe apres s’etre lave - pour qu’on puisse s’y rechauffer.

Peu apres, notre logeuse nous sert le repas du soir. Plusieurs bols et petites assiettes sont disposes devant chacun d’entre nous: il y a un poisson, une assiette avec plusieurs sashimis de poissons differents, une salade d’algues, une coupe contenant une sorte de ragout de viande et legumes, quelques cornichons, une soupe miso avec des pinces de crabes et enfin un bol dans lequel nous pourrons nous servir de riz a volonte. Un veritable festin de saveurs nouvelles.

Nous sommes restes 4 jours dans notre pension de Kutsugata. Mme Yanagiya, decelant notre gourmandise, a pris un soin enorme pour nous cuisiner des specialites locales et nous faire gouter toutes sortes de sashimis (coquille saint-jacques et huitre y compris). Le soir nous deroulions notre futon dans notre chambre. Au matin, un petit dejeuner presque de la meme taille que le diner nous attendait. Mme Yanagiya nous invitait ensuite a prendre le the dans sa salle de sejour. Elle nous a parle de ses enfants qui habitent Sapporo, du fait que l’ile de Rishiri n’a plus que 12′000 habitants car les jeunes ne trouvent pas de travail, de son voyage de noces - il y a 35 ans - durant lequel elle et son mari ont visite pendant 5 jours Tokyo, Kyoto et Yokohama. Nous nous mettions ensuite en route pour une longue balade de 3 ou 4 heures au bord de la mer avant de rentrer dans la chaleur de notre pension. Le dernier soir, Mme Yanagiya et son mari, revenu de Sapporo ou il etait alle pour quelques jours (voir des films au cinema!), nous inviterent a partager quelques bieres avec eux apres le dernier diner de fete (nous avions chacun 10 plats devant nous…) qu’ils avaient prepare. 

Une premiere decouverte de la vie japonaise pleine de chaleur.

Amities.

Ingrid

Mathematiques

Monday, October 23rd, 2006

Sapporo, Japon. Lorsque j’avais 15 ans, j’avais la chance de suivre les cours d’un genial professeur de mathematiques. Il nous presentait des demonstrations brillantes de theoremes varies, et finissait immanquablement par se rejouir de la beaute du theoreme et de la puissance insoupconnee des mathematiques. Il avait de quoi: il maitrisait la branche a la perfection, etait un excellent enseignant, et etait passionne par son sujet. Mes collegues et moi etions souvent interloques, mais il est vrai que c’est l’age ou on capte encore mal l’interet du calcul differentiel ou des regles regissant le cercle trigonometrique. Devant nos hesitations, mon professeur concluait donc aussi immanquablement qu’il se rejouissait de la beaute des mathematiques que “cela n’est pas grave, on ne peut pas tout comprendre dans la vie”.

Ces jours, et les quelques semaines qui viennent de finir, j’ai eu la joie de repenser souvent a la sagesse distillee par mon professeur. Il y a plein de petits moments comme ca, qu’on ne comprend pas. J’ai du murir depuis l’age de 15 ans, car je cherche de moins en moins a comprendre. Ainsi, il devient tout a fait normal d’accepter tous ces petits mysteres sans grosse difficulte. Comme par exemple, le fait que “ces sieges sont reserves” (alors que le restaurant n’est pas plein, mais que les clients arrivent et partent regulierement, donc que les sieges “reserves” changent toutes les 10 minutes); ou les controles a la frontiere chinoise; ou le refus du chauffeur de pousse-pousse de tourner a gauche quand on le lui demande 5 fois d’affilee (j’ai verifie, il n’y avait ni interdiction, ni policier, ni rien, ni personne); ou encore le fait qu’on ne peut revendre sa carte de metro de Shanghai qu’a la station qui *precede* celle du depart du train a levitation magnetique pour l’aeroport.

Ca fait partie du jeu, en quelque sorte, c’est normal dans ce genre de moments. Ca permet aussi de realiser a quel point nos schemas de raisonnement sont impuissants a faire flechir la volonte non-cartesienne de certains locaux. Mais ca non plus, on ne peut pas le comprendre, c’est juste la vie.

Par contre, il est un mystere que je vais continuer a essayer de comprendre. Comment ca se fait qu’apres avoir mis a la poste un paquet de 7 kilos a Shanghai, qu’apres avoir consciencieusement jete tout ce qui n’etait pas absolument necessaire, qu’apres avoir proprement cannibalise tous les chapitres du guide qui ne nous serviraient a rien, etc, mon sac pese encore 4 kilos de plus qu’au depart?

Bien a vous,

Matthieu

La louze

Wednesday, October 18th, 2006

Shanghai, Chine. Vous connaissez ce sentiment qu’on a parfois, qu’il aurait mieux valu ne pas se lever un matin donne? Genre il n’est pas encore dix heures du matin, votre chef est fache, il y avait une amende sur votre pare-brise, votre canari etait de mauvaise humeur et vous n’y etes pour rien, et la machine a cafe est en panne. Bref, il y a des jours comme ca, ou c’est juste “la louze”. Je l’ecris comme ca pour insister sur le fait que ces jours-la sont des jours ou vraiment tout va de travers.

Bon, la semaine passee, Ingrid et moi avions decide d’aller faire une excursion d’une journee a Suzhou, dans la region de Shanghai. La publicite dit “Au ciel, il y a le paradis; sur terre, il y a Suzhou et Hangzhou”. Nous avions decide de garder Hangzhou pour cette semaine. Donc, un matin, nous voila tout guillerets partis pour Suzhou, une heure de train, bref, l’excursion qui s’annonce bien.

A la gare, ou nous etions bien sur arrives assez tot pour avoir le temps de profiter de Suzhou, premiere deception, le prochain train qui a des sieges libres part a 11h30. Bon, dommage, ce d’autant que ca veut dire que nous allons devoir attendre plus de deux heures a la gare, et surtout, que nous allons perdre deux heures de jour a Suzhou. M’enfin… Inutile de dire qu’apres deux mois dans le pays, on aurait pu imaginer qu’Ingrid et moi avions fini par enregistrer que oui, il y a plein de monde en Chine, que oui, si meme 0.01% de ce plein de monde veut prendre le train, ca fait encore beaucoup de gens et que bon, ben c’est pour ca que tout le monde reserve ses billets la veille, comme nous l’avions si bien fait de par le passe. Aucune excuse donc, et ca rend le tout encore moins agreable.

Arrives a Suzhou, nous avons decide de prendre les billets de retour immediatement, histoire de ne pas etre coinces ici pour la nuit. Pourquoi n’avons-nous pas fait cela pour meubler les deux heures d’attente a Shanghai, mystere, nous nous posons encore la question. Dans tous les cas, nous avons pris des billets pour le dernier train, celui de 22h30, histoire d’avoir au moins le temps de manger calmement le soir a Suzhou avant de revenir a Shanghai.

Donc a 13h, nous etions a pied d’oeuvre, et en sachant que la nuit tombe vers 17h30, il ne nous restait que peu d’heures de jour. Nous sommes donc directement alles a la premiere attraction (un pan des murs historiques de la ville, conserves avec une des portes originales). Tres beau, et tres agreable a visiter. Le billet comprenait meme un tour sur les canaux en bateau a rames, Ingrid etait un peu inquiete de savoir si le tour allait durer tres longtemps, heureusement elle a vite ete rassuree quand la dame nous a ramenes a l’embarcadere a la fin du tour, apres 6 minutes environ.

Ensuite, nous avons decide de faire un tour en pousse-pousse pour visiter la ville. Une sorte de tour ou on dit au chauffeur de nous balader une heure a travers la ville, sans but precis, mais juste en passant par les coins les plus jolis. Une bonne ame bien intentionnee m’avait assure, a Yangshuo, que “se balader sans but precis en passant par les coins les plus jolis” se dit en chinois “kan yi kan”. J’ai donc essaye (en rajoutant la mention “une heure”), et le chauffeur a eu l’air interloque. Il ne parlait probablement pas chinois. J’ai re-essaye avec un autre chauffeur, et il a eu un grand sourire, je me suis dit qu’il avait compris (Ingrid a d’ailleurs precise que si nous lui demandions cela, c’est parce que nous ne connaissions pas Suzhou, vu que nous avions notre hotel a Shanghai). Bon, il a repete “koo yi koo, une heure”, au lieu de “kan yi kan, une heure”, mais j’ai pense qu’il s’agissait la seulement de la prononciation dans son dialecte.

J’aurais du me mefier. Surtout de son sourire entendu. Donc nous sommes partis, Ingrid et moi tout contents de decouvrir Suzhou. Et le chauffeur, apres quelques instants, nous a arretes dans une ruelle, devant un hotel qui n’est pas dans le guide, a pointe du doigt vers l’hotel et a souri, l’air tout emoustille en disant: “une heure, hehehe, une heure, hotel, koo yi koo”. Ca devait pas etre son dialecte…

Pour finir, apres avoir change de chauffeur, visite un jardin ou nous ne pensions pas aller, fait un tour le long des canaux (finalement!), la nuit est tombee. Comme il nous restait bien quelques heures, nous avons pense que le moment etait venu de nous offrir un bon repas. Apres deux heures de recherche infructueuse, nous avons prefere nous rabattre sur un fast food, en remettant le repas a un jour meilleur, un jour ou ca ne serait pas “la louze”…

Bien a vous,

Matthieu

Nous bouquinons dans une bibliotheque jesuite

Sunday, October 15th, 2006

Shanghai, Chine - Les livres deviennent des objets precieux quand on se balade pendant plusieurs mois avec pour seul bagage un gros sac sur le dos. Impossible d’emmener toute une bibliotheque avec soi. Il faut choisir avec soin puis esperer pouvoir en chemin echanger les ouvrages emportes.

Pendant ces derniers mois, les periodes de bonheur litteraire ont alterne avec des periodes de penurie. Heureusement que nos parents nous avaient ammene en Ouzbekistan quelques tres bons livres qui nous ont accompagnes jusqu’a Kashgar en passant par les paturages d’altitude et bords de lacs centro-asiatiques. Heureusement aussi que si on ne peut echanger un livre contre un autre livre, on peut parfois l’echanger contre un bon repas - a Lijiang, c’est un succulent plat de spaghettis que nous avons recu contre un roman mediocre trouve quelques jours plutot sur l’etalage de livres a echanger de notre hotel. Heureusement enfin qu’on a pu refaire notre stock a Hong Kong et qu’on a maintenant dans nos sacs 6 nouveaux ouvrages dont 5 de Kazuo Ishiguro, Matthieu s’etant decouvert un interet passionne pour cet auteur suite a le lecture de l’un de ses livres. Je vous laisse imaginer le poids de nos sacs…

Bref, quand on a appris qu’il y avait a Shanghai une grande bibilotheque pleine de vieux livres, on n’a pas hesite. Il fallait qu’on goute a ce luxe, qu’on oublie parfois chez nous, d’etre entoure de livres. Hier, nous nous sommes donc rendus a la Bibliotheque Zi-Ka-Wei etablie en 1847 au sud de Shanghai par la mission jesuite. 560′000 ouvrages, en grec, latin, anglais, francais et d’autres langues encore, y sont preserves.

Notre guide nous fait entrer dans une des salles. Elle nous explique qu’il s’y trouve environ 80′000 livres en plusieurs langues. Puis elle s’arrete. Nous attendons la suite, mais rien. La guide nous propose de ressortir. Voila, c’etait le tour guide de la Bibliotheque Zi-ka-Wei de Shanghai (duree: 3 minutes). Frustres, nous obtenons de musarder encore un moment. Ouvrages de theologie, de droit canonique, mais aussi ouvrages sur la Chine ou le Japon. Comme par exemple celui-ci, edite en 1927, intitule ‘Moeurs curieuses des chinois’ par un certain Arthur Smith ou on trouve notamment des descriptions souvent fortement teintees de condescendance sur ‘l’Esprit d’economie’ et la politesse des Chinois. Ou cet autre sur le Japon datant de 1877, decrivant parmi d’autres chapitres, la vie domestique, l’education ou encore l’hiver au pays du soleil levant. Des ouvrages dont l’interet principal est d’etre le reflet d’une epoque ou il fallait naviguer pendant plusieurs jours pour atteindre le Japon. Nous nous plongeons dans leur lecture pour une bonne heure, fascines de simplement imaginer ce que devait etre,  il y a plus de cent ans, un voyage dans les contrees que nous traversons.

Amities.

Ingrid

Vie urbaine

Sunday, October 15th, 2006

Shanghai, Chine. Deux semaines que nous sommes en ville. Apres les differents villages du Yunnan, nous avons plonge dans l’univers urbain a Guangzhou (Canton), Macau, Hong Kong, et maintenant Shanghai. Apres les differents alpages/lacs de montagne/deserts d’altitude d’Asie centrale et du Tibet, nous sommes entoures de voitures, metros, magasins. Apres l’herbe verte des steppes, et la poussiere des hautes montagnes arides, nous arpentons le beton.

Au debut, ca fait presque tourner la tete: il y a du bruit, du trafic, des lumieres, ca attire notre attention de tous les cotes, ca ne s’arrete (presque) jamais. Ca change des bruits de paturage (un yack qui grogne ou un cheval qui broute, par exemple) au volume limite; ca change du trafic modere des villages de yourtes (il y a peu de collisions entre un ane et un mouton); ca change de l’obscurite totale qui descend sur les montagnes lorsque le soleil se couche.

Ca a ses bons cotes: on trouve des cinemas en anglais, des magasins super-tendance, des restaurants qui servent des plats varies en provenance des quatre coins du monde, bref, ca nous est plus familier, comme monde.

Ca a aussi ses moins bons cotes: moins de life-seeing a faire, moins de moments qui nous ramenent 20/50/150 ans en arriere, moins de paysages. Et, comme corollaire, moins de petits clins d’oeil a raconter, peut-etre meme moins d’inspiration a ecrire sur le quotidien, puisque justement il nous est plus familier. Et quand en plus le passage de la frontiere se fait sans encombres, alors il ne reste vraiment presque plus rien a dire.

Alors on se laisse vivre au rythme de la ville. A Guangzhou, nous nous sommes promenes dans les ruelles, sans reussir a trouver un charme autre que celui des quartiers pas encore “modernises” a coup de gratte-ciels. Si la ville semble suivre son cours, elle semble aussi ne faire que peu de cas de son apparence. Seule la taille compte, apparemment. D’autant plus dommage qu’a des milliers de kilometres (du moins dans l’esprit), Shanghai a fait d’une geographie similaire une merveille esthetique. Mais a Guangzhou, on ne trouve rien de cet esprit ou de cette vision. On trouve par contre des dim sum extraordinaires, il fallait s’y attendre, c’est un peu comme si on mange une pizza en Italie ou une fondue dans le canton de Fribourg - c’est toujours meilleur quand on goute l’original.

A peine plus au Sud, Macau allie l’Asie avec la plus typique architecture europeenne/mediterranneenne. La trace des colons portugais est plus que visible et c’est tres reussi. La ville est de taille gerable, et regorge de recoins charmants, petites eglises du 18e siecle, ruelles, maisons patriciennes, le tout en deux langues (chinois et portugais), ce qui ne manque pas de donner a l’ensemble de la ville une allure familiere.

En face, de l’autre cote du delta de la riviere des Perles, Hong Kong, la britannique, le poste avance de l’Europe aux pieds du dragon chinois. La aussi, le melange est subtil et surprenant. Tout est aussi en deux langues, et aussi en deux charmes. Le chapeau melon et la veste de soie, si j’ose dire.

Et sur la cote est, Shanghai, qui explose, qui vit, et qui grandit. Partout, ca construit, ca consomme, ca brille, ca avance. Pas etonnant vu la situation geographique. Et le resultat se voit, avec les divers batiments des multinationales tout autour du Bund.

Je vais me replonger encore un peu dans la vie urbaine…

Bien a vous,

Matthieu

La grande vie… quelques instants

Tuesday, October 3rd, 2006

Hong Kong, Chine - Le 1er octobre, toute la Chine celebre la creation de la Republique Populaire de Chine. C’est la fete nationale du pays. Le matin meme, nous avions appris qu’il y aurait des feux d’artifices au-dessus du Port Victoria. Nous nous etions promis d’y jeter un coup d’oeil.

Presque une heure avant le debut des feux, nous avons tente de rejoindre l’esplanade qu’on nous avait recommandee pour en profiter pleinement. On s’est senti un peu suisses de nous y prendre bien a l’avance. Et pourtant, dans la rue il y avait deja foule. Impossible d’atteindre ladite esplanade. Commence alors pour nous une deambulation a pas de fourmis pour tenter de trouver un autre endroit. Plusieurs fois nous sommes refoules par les securitas qui affirment que l’endroit est deja bonde et qu’il est impossible d’y acceder.

Nous brainstormons. Il faudrait un endroit si possible sureleve avec une magnifique vue sur le port… voyons… il y aurait bien sur l’hotel Peninsula. Oui bien sur, mais… c’est quand meme l’un des hotels les plus chic de la ville et vu… Mais ce serait quand meme bien l’hotel Peninsula!

Nous entrons dans l’hotel, surs de nous, avec nos habits de routards, dans un decor somptueux. Sans hesiter nous demandons le chemin pour le bar a cocktail au 29e etage, “celui dessine par Philip Stark” (dont je viens de decouvrir l’existence), assurons-nous au portier. Il nous laisse entrer. Nous sommes accueillis par deux hotesses qui nous mentionnent un prix exorbitant (deux fois celui de notre chambre…) pour l’extreme faveur de visionner les feux depuis ledit bar. Nous acquiescons, grises.

Arrives au 29e etage, nous rejoignons la creme de la creme, ou plutot ceux qui pensent etre la creme de la creme. Mais il faut avouer, le spectacle est magnifique. Les elegants gratte-ciels de l’ile de Hong Kong se dessinent devant nous. Quelques minutes plus tard, les feux commencent. Les lumieres baissent dans le bar. Les feux sont synchronises avec une musique retransmise par les ondes. Quelque 20 minutes d’un spectacle grandiose auquel participent les gratte-ciels par le jeu des reflets.

Nous voulions jeter un coup d’oeil aux feux. Voila qui fut fait. Un moment tres special, presque aussi chouette que de se reveiller parmi les yacks sur l’alpage de Jalang au Tadjikistan!

Amities.

Ingrid

Kafka 2

Tuesday, October 3rd, 2006

Hong Kong, Chine. Ceci est le deuxieme acte, ajoute tardivement, d’une piece qui etait sortie en aout 2006. A l’epoque, elle avait particulierement ennuye les spectateurs a cause de sa longueur, que certains protagonistes avaient jugee trop importante. L’auteur avait neanmoins persiste, au nom du realisme. Nous retrouvons dans cet acte les personnages du premier acte, a savoir le touriste (LT) et l’officier des douanes (OD). L’epouse du touriste (ET) est cette fois aussi sur la scene. La scene se passe a nouveau a une frontiere chinoise, mais, fait marquant, c’est pour sortir du pays, et se rendre a Macau. Dans la queue menant au poste frontiere, LT et ET sont entoures de dizaines de personnes. A deux metres de la cabine ou un employe tamponne tous les passeports, l’OD surveille. Lorsque LT et ET arrivent a portee de sa vue, il leur fait signe de sortir de la queue et de lui remettre leurs passeports.

OD: Veuillez me suivre s’il vous plait.

LT (pour lui-meme): voila que c’est reparti pour un tour. Il n’a meme pas encore regarde mon passeport. Puis a haute voix: que se passe-t-il?

OD (ne repondant pas a la question): asseyez-vous ici, et attendez. Nous devons verifier vos passeports.

LT (pour lui-meme): si ca recommence comme la derniere fois, je boycotte ce pays.

L’OD s’eloigne avec le passeport du Touriste, ainsi que celui de son Epouse, elle aussi assise. Il telephone et gesticule en brandissant les passeports. Il revient vers LT et ET.

OD: nous ne pouvons pas vous laisser passer sans proceder encore a quelques verifications. Veuillez rester assis pour le moment.

L’OD s’eloigne avec un sourire narquois. Il va vers son subordonne, qui tamponne frenetiquement passeport apres passeport. Il l’interrompt et lui montre le visa du Touriste et de son Epouse. Il feuillette aussi les passeports en sa presence, fait plusieurs commentaires, prend l’air important et repasse vers LT et ET. Il leur fait signe de rester assis et de ne pas poser de questions.

ET (a son mari): je ne comprends pas, nos passeports sont en regle, nos visas aussi, nous sommes entres legalement en Chine, y sommes restes le temps qui nous etait imparti, et en ressortons legalement, vers un pays pour lequel nous n’avons pas besoin de visa.

LT (a son epouse): Je ne comprends pas non plus, mais a Kashgar, toutes ces remarques etaient aussi vraies qu’aujourd’hui. Esperons que cette fois-ci ils ne nous gardent pas trois heures et demie…

L’OD revient.

OD: de quelle nationalite etes-vous?

LT: suisse. Puis pour lui-meme: c’est note sur nos passeports.

OD: ou est votre visa pour Macau?

ET: les citoyens suisses n’ont pas besoin de visa pour Macau.

OD: patientez s’il vous plait, nous devons verifier.

ET (a son mari): je vais perdre patience.

LT (a son epouse): moi aussi. Je ne comprends pas leur petit manege. Tout cela est ridicule.

L’OD revient avec un sourire narquois. Il fait signe au Touriste et a son Epouse de le suivre. Un autre employe prend les deux passeports et les scrute attentivement. Il glapit qu’il manque les cartes de depart de Chine. LT et ET, qui avaient rempli les cartes au prealable, les produisent, et cela calme immediatement l’OD. Il tamponne les deux cartes et les deux passeports.

OD: merci Madame, merci Monsieur, et bon voyage.

LT et ET s’eloignent, interloques.