C. Iran
On arrive en Iran avec des cliches plein la tete. La faute d’une part aux medias occidentaux, et aussi, bien sur, la faute au regime iranien, qui vehicule une image assez excessive. L’image est d’ailleurs corroboree des la frontiere, ou, coince entre deux barrieres fermees ecartees de 80 cm environ, on a tout loisir de contempler l’accueil qui est reserve aux visiteurs: un immense portrait de l’Ayatollah Khomeiny, flanque d’un immense portrait de l’Ayatollah Kamenei. Le ton est donne, bienvenue chez les mollahs.
Cliches, donc, de conservatisme, de rhetorique rigide, de declarations a l’emporte-piece, bref, cliches peu amicaux. Et des la minute ou on a passe la deuxieme barriere, les cliches s’evaporent. Les employes des douanes sont charmants, les autres passagers du bus sont cultives, anglophones, sophistiques, accueillants, ouverts sur le monde, bref, on ne peut mieux disposes a l’egard des touristes etrangers.
Les memes adjectifs s’appliquent essentiellement a toutes les personnes que nous avons rencontrees le long de notre decouverte de l’Iran. Pas de fausse note, pas de souci, pas d’amertume. L’Iran aura ete le pays le plus agreable a visiter, et sa population la plus chaleureuse a decouvrir. Excellent. Le decalage provient, comme en Turquie, de l’ecart enorme entre la rue et le regime. Mais a l’inverse de la Turquie, en Iran, la rue est bien plus ouverte que le regime, en tout cas dans les villes.
Nous avons ete frappes par la diversite de l’Iran. Au fond, en arrivant, on imagine un pays monolithique - c’est le desavantage d’arriver avec la tete pleine de cliches. Diversite geographique d’abord: il y a des montagnes avec des stations de ski au nord, une region humide et temperee du cote de Rasht, des coins ou il fait froid en hiver (Tabriz, par exemple), et bien sur, un grand desert aussi. Mais la diversite de l’Iran va bien plus loin que cela. La diversite de la population est frappante (Turcs, Persans, Arabes, Indiens, Pakistanais, etc), ainsi que la diversite des opinions. Le pays est loin d’etre monolithique, et les gens rencontres en ville sont loin d’etre tous des fanatiques en accord avec leur regime. Exit donc les cliches, bienvenue dans un pays normal, certes guide par une clique d’illumines, mais pays normal tout de meme.
Ingrid et moi avons beaucoup aime Teheran. Ca n’est pas venu du premier coup, il nous a fallu plusieurs jours. Mais a notre scepticisme initial (qui il est vrai, n’a pas dure bien longtemps), nous avons petit a petit substitue un regard neuf sur cette ville. Il y a une force de vie, un enthousiasme, une fraicheur, que les rues constamment congestionnees et le trafic chaotique ne laissent pas necessairement soupconner. A force de nous balader, nous nous sommes pris d’affection pour cette immense ville, qui mele les quartiers les plus privilegies qu’on peut imaginer, avec le desordre incomparable du grand bazar. Et toujours, il y a le chaleureux accueil des Iraniens, qui transforment n’importe quel endroit meme glauque en un modele de sophistication.
De la diversite du pays, nous avons retire des impressions fort contrastees. De Teheran l’urbaine, a Yazd la desertique, en passant par Rasht la temperee, Isfahan la majestueuse, et Shiraz (qui nous a beaucoup moins plu), nous avons essaye de nous impregner de cette culture qui a mine de rien influence toute la region, du Moyen-Orient a l’Asie centrale.
On arrive en Iran la tete pleine de cliches, et on en repart charme.
Lhasa, Tibet, le 3 septembre 2006